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naissances sont assujetties à des usages passablement ridi

cules.

Jean-Jacques Rousseau est le premier qui a refusé de signer, votre très-humble serviteur; mais s'il eut été en place, on l'eût excellencisé, monseigneurisé, et principisé malgré lui.

Les prélats du siècle dernier décidèrent, dans une assemblée du clergé, qu'ils s'appeleraient dorénavant grandeur.

Les superlatifs ne sont plus de mode. On n'écrit plus à trèshaut, très-magnifique, très-excellent, très-brillant, très-vénérable; mais ces énumérations de dignités reprennent place dans le billet mortuaire, et vous apprenez que le très-haut, très-magnifique seigneur pourrit dans tel coin.

C'est une étiquette d'appeler ses domestiques comme des chiens, en criant à tue-tête : eh! eh!

Le Français n'a pas manqué d'immortaliser et d'étendre ces ridicules. La bizarrerie est à son comble.

Je ne puis apprendre de combien de lignes courbes sont les révérences d'un ministre ou d'un duc, et combien il faut lui en donner de pouces.

C'est l'étiquette qui fait appeler la femme d'un président, madame la présidente, et celle d'un maréchal madame la maréchale; comme si elle rendait la justice, ou si elle conduisait les armées.

L'orgueil, qui connaît beaucoup l'ennui, lequel fraternise avec lui, imagina ces passe-temps, qui remplissent les heures du désœuvrement, et satisfont la vanité. On s'amuse de voir une femme qui fait des révérences de trois pas, de six en six pas; un homme qui paraît une statue, et qui parle sans remuer les lèvres; des gens qui s'habillent et se déshabillent : tout cela fait spectacle. On tourne et retourne tant et tant, de toutes façons, on fait prendre aux heures, tant de plis différents, et au jour, tant d'attitudes, qu'à la fin les heures sont forcées de rendre quelques plaisirs.

Une princesse, à telle heure, voit ses femmes qui entrent,

la décoiffent et la déchaussent, bon gré, mal gré; elle a beau résister, il faut qu'elle obéisse, et qu'elle suive le courant des affaires.

Tantôt il faut qu'une dame soit solennelle; tantôt en déshabillé.

Le perruquier, le tailleur, varient les frisures et les habits d'un goût extraordinaire.

Les nouvelles manières de se coiffer, de se présenter, de saluer, de parler, de dépecer, de manger, changent sans cesse par les grands et pour les grands, dont elles sont la plus sérieuse étude, la principale occupation.

Il n'y a pas de minute où l'on ne paye un tribut à l'étiquette. Comptez les gestes, les minauderies, les airs de tête, et vous verrez que les esprits sont plus changeants que les baromètres. Il n'y a point de verre à facettes qui présente plus d'objets.

L'étiquette fut de tout temps, à la cour d'Espagne, une coutume vraiment despotique.

Un misérable régent de sixième, comme on sait, devint cardinal et ministre plénipotentiaire, pour avoir fourni, en cachette, chaque jour, une bouteille de vin à la reine d'Espagne, qui aimait le vin; l'étiquette de son palais ne lui permettait qu'un verre d'eau entre ses repas.

Quel lecteur ne s'amuse pas de voir ceux qui commandent aux autres, se soumettre à leur tour à des lois imaginaires ?

Ce fut donc une grande affaire, de donner à la femme de Philippe V, un confesseur, puis un cuisinier français, et non italien; passe encore pour cette distinction. Plusieurs membres du conseil voulaient un cuisinier et un confesseur savoyards. Il y eut une autre dispute sur le perruquier du roi. On l'avait fait venir de Paris, parce que les barbiers espagnols ne savaient pas encore faire une perruque ; mais on redoutait, en même temps, que l'indiscrétion du barbier français ne mit dans la chevelure artificielle qui devait coiffer sa majesté, des cheveux tirés de la tête d'un roturier. Or, un roi d'Espa

gue ne devait porter sur son chef que des cheveux de gentilshommes.

Il fallut batailler longtemps et gagner le terrain pied à pied, pour changer quelque chose au despotisme de la religieuse étiquette, dite par excellence l'étiquette du palais.

Les lettres de la princesse des Ursins, sur cet objet, sont curieuses. Cette princesse écrivait à la maréchale, mère d'Adrien de Noailles : Je vous supplie de dire que c'est moi qui ai l'honneur de prendre la robe de chambre. Les plaisants disent aujourd'hui que la robe de chambre d'étiquette de Philippe V, était un vieux manteau court, qui avait servi à Charles II; que l'épée du roi, était un poignard, qu'on posait derrière son chevet; que la lampe était enfermée dans une lanterne sourde; que les pantoufles étaient des souliers sans oreilles, etc., etc. Il n'y a pas de mal à tout cela; mais il est bon d'apercevoir ce qui était masqué sous ce cérémonial, que les courtisans d'alors exaltaient avec tant d'emphase.

LXVI.

Cérémonial.

Un prince du sang, à la cour, ôte le service à tous les grands officiers, tant pour la chemise que pour la serviette.

Quand le roi donne des audiences sur son trône, les princes du sang sont sur la plate-forme, suivant leur rang; et quand le roi donne des audiences des ballustres, ils sont à côté de sa majesté, en dedans du ballustre.

Ils ont l'honneur de manger avec le roi dans les banquets. Quand le roi communie, ils tiennent la nappe, lorsqu'ils sont deux; et quand il n'y en a qu'un, il la tient seul : aucun seigneur ne peut partager avec lui cet honneur.

Quand le roi touche, il lui donne la serviette.

Un aumônier du roi leur apporte, tous les ans, une Semaine sainte, et un aumônier dé la reine une autre.

Les princesses ont chez la reine le même service que les princes chez le roi.

Les princes servent aussi la reine, à l'exception de la chemise. On les traite d'altesse serenissime en leur écrivant, les ducs comme les autres.

Ils passent devant les grands et les ducs en les reconduisant. Dans les actes, ils prennent la qualité de très-haut, très-puissant et très-excellent prince, pourvu que le roi ou M. le dauphin n'y stipulent point. Dans ce cas, ils ne sont plus excellents; ils ne prennent que la qualité de très-haut et très-puissant prince.

Ils épousent par procuration une princesse étrangère, destinée à être reine ou dauphine.

Ils ont le cordon bleu à l'âge de quinze ans.

Leurs fiançailles se font dans le cabinet du roi.

On les annonce chez la reine.

Les honneurs particuliers qu'on rend aux princes du sang, sont qu'au sermon le prédicateur leur adresse la parole; qu'ils ont un tapis de pied et un prie-Dieu où personne ne se met avec eux; qu'on leur porte la patène et l'Évangile à baiser. Au parlement, ils ont entrée et voix délibérative à l'âge de quinze ans.

Ils passent au travers du parquet.

Le président, dans ce qu'on appelle les séances de conseil, en prenant les avis, leur fait une profonde inclination, le bonnet à la main, sans les nommer.

La préséance des princes du sang sur tous les autres pairs, tant au parlement qu'à la cour, est annexée au droit du sang.

Que d'observations à faire sur le cérémonial! La gravité du sujet m'a gagné malgré moi, et je n'ai pu rassembler que quelques traits épars, laissant aux amateurs le soin de s'enfoncer dans ces curieux détails.

Ce protocole, imité et répandu chez les gens de qualité, leur a servi de barrière pour éloigner une multitude d'importuns; et un triste conseiller d'État a autant de formules dans son salon qu'il en règne à la cour.

L'étiquette, dira un prince, est une chose puérile et dont je ris tout le premier; mais c'est le seul rempart qui me sépare des autres hommes. Otez-la, je ne suis plus qu'un gentilhomme. L'opinion fait tout; les hommes vivent de formes, sont plongés dans les formes; chaque état a les siennes : mais la base de l'opinion repose sur les fondements les plus légers, et il faut traiter avec les hommes comme avec des enfants que l'extérieur frappe.

C'est outrer le raisonnement, comme on a outré l'étiquette. Sans doute, il faut connaître le lever et le coucher du soleil : les rois ont leurs occupations; ils ne peuvent être visibles à toutes les heures. Il est bon qu'on soit instruit de celles où il est permis de les approcher, et de la manière de parvenir au pied du trône. Mais devait-on en abuser, au point de charger d'étiquette toutes les minutes de l'année, quand on pouvait n'asservir à ce ridicule esclavage qu'une certaine quantité de jours de l'année ?

Henry III est l'auteur du cérémonial, tel à peu près qu'il s'exécute aujourd'hui. Il fit un règlement pour ceux qui devaient entrer dans sa chambre et dans son cabinet, et à quelles heures. Il prescrivit un ordre pour le service de sa bouche. Quant aux cuisiniers, marmitons, ils datent du siècle de Louisle-Grand.

LXVII.

Les heures du jour.

Les différentes heures du jour offrent tour à tour, au milieu d'un tourbillon bruyant et rapide, la tranquillité et le mouve

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