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tellites l'ordre est précis, la résistance est superflue; on écarte de vous tout ce qui pourrait vous servir d'armes, et l'exempt qui n'en vantera pas moins sa bravoure, prend jusqu'à votre écritoire pour un pistolet.

Le lendemain, un voisin, qui a entendu du bruit dans la maison, demande ce que ce pouvait être. Rien, c'est un homme que la police a fait enlever. Qu'avait-il fait? On n'en sait rien; il a peut-être assassiné ou vendu une brochure suspecte. Mais, monsieur, il y a quelque différence entre ces deux délits. Cela se peut; mais il est enlevé.

On vous a arrêté, mais on ne vous a point montré l'ordre. On vous a mis dans une voiture fermée; vous ignorez le lieu où l'on va vous conduire : vous irez visiter les murs et les cachots ou de la Bastille, ou de Charenton, ou de Pierre-en-Cise, ou du château du Ham, ou de Saumur, ou de Lourdes.

D'où part l'arrêt de proscription? Vous ne pouvez le deviner au juste.

Il n'est pas nécessaire de faire un gros volume contre les lettres de cachet. Quand on a dit, c'est un acte arbitraire, on en peut tirer sans peine toutes les conséquences possibles. Mais tous les enlèvements ne sont pas également injustes; il est une multitude de délits secrets et dangereux, qu'il serait impossible au cours ordinaire des lois de connaître, d'arrêter et de punir. Quand le ministre n'est ni séduit ni trompé, qu'il n'obéit pas à des passions particulières, à une prévention aveugle, à une sévérité déplacée, il a pour but souvent d'éloigner un perturbateur, un citoyen turbulent; et la police, telle que la machine est montée, ne saurait marcher aujourd'hui sans cette force prompte, active et réprimante.

Il serait seulement à désirer qu'il y eût ensuite un tribunal particulier, qui pesât dans une balance exacte les motifs de chaque enlèvement, afin qu'on ne confondît pas l'imprudence et le crime, la plume et le stylet, le livre et le libelle.

Les inspecteurs de police déterminent pour leur part beau

coup d'enlèvements subalternes, en ce qu'ils sont crus ordinairement sur parole, et que, ne frappant d'ailleurs que la dernièrc classe du peuple, on leur concède facilement les détails de cette autorité.

Quelques-uns obéissent à leur humeur, à leurs caprices; mais qui sait si la cupidité n'entre pas aussi dans leurs démarches, et s'ils ne favorisent pas souvent celui qui paye aux dépens de celui qui ne paye pas ? Ainsi la liberté des misérables et derniers citoyens aurait un tarif, et l'on greverait de cette étrange imposition la portion nombreuse des prostituées, des joueurs de profession, des empiriques, des colporteurs, des escrocs, des chevaliers d'industrie, etc., tous gens qui font le mal et qu'il faut punir; mais qui en font encore davantage quand ils sont obligés de payer et d'acheter pendant un certain temps le privilége de leurs désordres.

Pourquoi telle malheureuse se vante-t-elle hautement d'avoir la protection de monsieur l'inspecteur de police? Pourquoi marche-t-elle tête levée au-dessus de ses compagnes, en les menaçant même de son crédit? Elle se tairait, si l'expérience ne lui avait pas appris, ainsi qu'au joueur, à l'escroc, que la balance de monsieur l'inspecteur a plusieurs poids et mesures, et qu'on faisait adroitement tomber l'exemple nécessaire sur son voisin, quand on avait su le détourner de dessus sa tête, en faisant à monsieur l'inspecteur un petit présent ou une petite délation particulière; car il se contente de cette dernière monnaie quand il ne peut en tirer autre chose et comme c'est la lime qui ronge le fer, de même c'est la canaille qui sert à dévoiler et à réprimer les turpitudes, les excès, les violences sourdes de la canaille.

Nous avons pris aux Anglais leur Wauxhall, leur Ranelag, leur wisk, leur punch, leurs chapeaux, leurs courses de chevaux, leurs jockeys, leurs gageures; quand leur prendrons-nous quelque chose de plus important à saisir, comme, par exemple, la loi habeas corpus?

XLVIII.

Lettres de cachet.

Je ne rechercherai point quand et comment elles ont commencé. Elles existent, qu'importe leur origine? Les nobles en reçoivent comme les roturiers. L'auteur d'une brochure se voit prisonnier par la même force qui arrêterait un prince du sang dans son palais. L'auteur aurait-il bonne grâce de se plaindre quand son Altesse Royale obéit tout aussi promptement que lui?

Clovis, Charlemagne, Hugues Capet n'ont point donné de lettres de cachet: cela est démontré. Louis XIV et Louis XV en ont distribué une belle quantité, et n'en soupaient pas moins de bon appétit. Cela n'est que trop vrai.

Blackstone les condamne ouvertement. Linguet, sorti de la Fosse aux lions, de la moderne Babylone, ne fera plus l'éloge des gouvernements qui les distribuent. Il prouvera clairement que les lettres de cachet sont contraires au droit naturel; que tout homme est né ici-bas avec l'entière propriété de sa personne; que le sieur Henri ne peut pas couper sa promenade légalement; mais tous les livres possibles ne détacheront pas une seule pierre des créneaux de la Bastille, n'abaisseront pas les ponts-levis d'un demi-pouce, et n'ôteront pas une ligne à la longueur ni à l'épaisseur des verroux. Le geôlier ne lira pas l'ouvrage éloquent ou déclamateur; il continuera ses fonctions silencieuses; et le philosophe qui aura dit un peu trop haut qu'il n'y a rien de plus illégitime au monde que les lettres de cachet, en recevra une le lendemain. Trois cent mille hommes, cinq cent millions de revenu, voilà de quoi enfermer, je crois, toutes les éditions et tous les auteurs dans cent bastilles différentes.

Ce qu'il y a de fâcheux, c'est qu'arrêté de la part de Sa Majesté, votre nom n'a pas toujours l'honneur de reposer dans sa

mémoire. La petite estampille (1) vous a fait passer rapidement les guichets, et la signature de la main auguste, qu'on lirait avec respect, serait du moins une consolation pour le pauvre prisonnier qui se dirait à lui-même le roi de France sait que je suis ici; sa volonté soit faite!

Mais cette petite estampille désœuvrée, qui dans un moment de mauvaise humeur peut se promener un dimanche à Versailles dans un certain cabinet sur des feuilles de papier, et qui vous arrête le lundi au lever de l'aurore, tandis que vous méditez une promenade restaurante, ô voilà ce qu'on ne saurait digérer! Or, il faut avouer qu'on ne peut envisager qu'avec un peu d'effroi (quelque ferme que l'on soit) un estampilleur, d'ailleurs fort gracieux, point méchant, mais qui, d'un coup de griffe allongé par distraction, peut vous faire plus de mal que tous les ongles crochus et pointus de certains animaux qui marchent sur la terre ou qui planent dans l'espace des airs.

Combien délivre-t-on de lettres de cachet année courante? je n'en ai point la liste; ce que je puis affirmer, c'est qu'on n'en accorde pas autant qu'on en demande: on en refuse. Pesez bien ce mot, cher lecteur, et dispensez-moi du dangereux commentaire.

Les prisons d'État sont désertes, en comparaison de ce qu'elles contenaient de prisonniers autrefois. Les atrocités, les privations barbares ou ridicules n'y ont plus lieu: enfin l'on revient d'une lettre de cachet européenne, et l'on ne revient pas du cordeau asiatique.

Le cardinal Fleury a signé trente mille lettres de cachet dans l'affaire de la Bulle. On a reconnu que c'était un peu trop dans toute affaire quelconque. Les jansénistes ne sont plus emprisonnés, et le trône de Pharamond ne paraît pas pour cela en grand danger.

(1) L'étranger ne manquera pas de demander qu'est-ce que l'estampille? Je lui ôterais tout son plaisir si j'allais lui expliquer tout de suite ce que c'est. Qu'il s'enquière. (Nole de Mercier.)

Tant d'alarmes imaginaires ou gratuites ont beaucoup refroidi le zèle des estampilleurs, qui aperçoivent aujourd'hui les objets avec plus de lumières et de modération. Il faut leur en savoir gré.

Ces emprisonnements arbitraires et indéfinis ne peuvent tomber, à tout prendre, que sur un très-petit nombre d'hommes; c'est-à-dire sur les agents publics et secrets des affaires d'Etat quand ils prévariquent, ou sur ceux dont la plume ou la langue est trop indiscrète. Sur dix mille hommes, neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix ne sont pas dignes d'une lettre de cachet. Les trois quarts et demi des Parisiens ont plus peur d'un commissaire que d'un estampilleur.

Le temps n'est plus, il est vrai, où la vengeance et l'or commandaient ou achetaient des lettres de cachet, où il y avait un bureau ouvert à toutes les passions violentes, sourdes ou cupides, où l'on avait le tarif des emprisonnements. Ce temps que j'ai vu est absolument passé, Dieu soit loué!

La lettre de cachet enferme ou exile. L'exil est devenu depuis peu plus commun que l'emprisonnement; c'est d'abord une économie pour l'État. Ensuite ne vaut-il pas mieux respirer l'air au fond d'une province, même dans le lieu le plus sauvage, que d'entendre le cri lugubre des serrures, sous la rude main des porte-clefs, plus terribles que les muets, en ce qu'ils ne profèrent que des monosyllabes atterrants.

Le prisonnier d'État, seul avec l'imagination, son plus grand bourreau, envie le sort des portefaix, des fiacres et des décrotteurs du Pont-Neuf; et si la voix glapissante d'un porteur d'eau parvient jusqu'à son oreille, il voudrait avoir la sangle entre les deux épaules, monter deux seaux en équilibre à un septième étage, par un escalier obscur et tortueux.

Ce doit être un grand supplice que cette inaction forcée, et la solitude doit donner à toutes les idées que l'on enfante une couleur noire, plus désespérante encore que la perte de la liberté. Mais tel qui déclame contre les lettres de cachet, qui les ap

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