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fleurs blanches. Sur deux supports extérieurs sont placés de chaque côté, deux pots de fleurs d'anthémis. Le fond de la niche est peint en couleur bleue, faisant mieux ressortir la blancheur d'une statue de la Vierge, portant l'Enfant Jésus dans ses bras. Cette statue est-elle en bois, en pierre ou tout simplement en plâtre? (1)

Une petite balustrade en fer forgé, comportant, au centre, deux lettres entrelacées A. M. (Ave Maria) (2), protège le bas de la niche. Six godets en fer se trouvent fixés sur le rebord supérieur de cette grille pour recevoir chacun une chandelle, ainsi que nous venons de le constater, nous-même, aujourd'hui.

Pourquoi ce dépôt de fleurs et ce luminaire, en ce mois de mai?

C'est ici que se place le fait qui a, pour ainsi dire, provoqué cette notice sur la Cour du Dragon, voie privée, il ne faut pas l'oublier.

Ainsi que nous l'ont affirmé Mme Heinschberger et son mari, qui, âgé de 70 ans, est né dans cet immeuble, la petite chapelle en question est, de temps immémorial, fleurie, chaque année, au mois de mai; en outre, et pendant tout ce même mois, à la nuit tombante, des bougies, que l'on laisse se consurner pendant la nuit, y sont placées chaque soir et allumées.

Quelques locataires de l'immeuble, avec d'autres habitants du quartier sans doute, mûs par un sentiment de piété, se croient tenus de perpétuer ainsi cette vieille coutume religieuse qui, du reste, n'a jamais donné lieu, de

(1) Nous apprenons que la statuette actuelle est en plâtre, mais qu'elle remplacerait depuis plus de cinquante ans, une autre en pierre, restée très longtemps mutilée.

(2) C'est du Louis XV tout pur.

la part des autres habitants, à aucune manifestation contraire. Le propriétaire même, dont les opinions religieuses, on le sait, sont tout autres, montre ici une tolérance qui est tout en son honneur. C'est un reste des anciennes traditions du Vieux Paris, qui, hélas ! à quelque point de vue que l'on se place, tendent malheureusement, pour les amis de l'antique Lutèce, à disparaître de jour en jour!

Doit-on savoir gré aux habitants de la Cour du Dragon de nous l'avoir ainsi maintenu? D'aucuns seront peut-être d'un avis contraire.

Il était, en tout cas, de notre devoir, comme membre de la Société historique du VIe arrondissement, de signaler ce fait dont il n'a été trouvé aucune trace dans les nombreux documents relatifs aux Curiosités de Paris. Nous avons vainement consulté : Watin : État actuel de Paris, 1787, Lefeuve, Piganiol de la Force, Prudhomme, Le Miroir fidèle de Paris, 1815, Fournier, Henri Boulet, Virmaître, de Villebresme, de Rochegude, les tables des sociétés des Antiquaires de France et de l'Histoire de Paris. L'ouvrage tout spécial, très rare quoique récent, de M. J. de M. (1) : Les Vierges de Paris 1899, leur domicile, numéro et nom des rues qu'elles habitent, ne fait pas mention de la Vierge de la Cour du Dragon.

Si, dans quelques années, et cela ne saurait tarder, ce vieil immeuble fait place à des maisons de rapport, nous pensons bien que le fameux Dragon nous sera laissé sur le même emplacement, ou bien pourra aller rejoindre à Carnavalet, avec la petite Vierge, d'autres souvenirs du Vieux Paris.

Félix DAMICO.

:

(1) Un prétre, nous a-t-on assuré.

LA RUE DU CHERCHE-MIDI

ET SES HABITANTS

(Suite.)

N° 37 (anciennement n° 120, 804 et 39).

PREMIÈRE PÉRIODE.

De l'origine à 1790.

De la Planche. Cottard. François Quesnel et ses enfants. Claude de Montrouge.

Huault de Montmagny. - Simon Lambert. - Les Carmes déchaussés.

La comtesse de Verrue. Le marquis de DreuxBrézé. Le maréchal de Brancas. - Comte et comtesse de Forcalquier. Duclos. La comtesse de Toulouse. L'ambassade de Sardaigne.

L'emplacement de ce n° 37, aujourd'hui disparu, devait se trouver en partie sur les jardins du sieur De la Planche dont nous avons parlé à propos des nos 33 et 35. On se rappelle que, vers le commencement du xvil siècle, une fraction de ces jardins en avait été détachée pour l'établissement de la future brasserie Cousin. Derrière cette brasserie, d'après le cueilleret de l'Abbaye de 1628 (1), se trouvaient une maison et un jardin appartenant à un

(1) Arch. nat. S. 3059.

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