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semblait de tous côtés des ecclésiastiques, qu'il chargeait d'ornements magnifiques, et qu'il traitait ensuite d'une manière splendide. Comme ses parents sollicitaient son interdiction, à raison surtout de ce faste religieux, il répondit au juge qui lui faisait subir un interrogatoire : « Si j'avais donné cet argent à « une courtisane, on ne l'eût pas trouvé mauvais; je l'ai ap«pliqué à la décoration du culte catholique, dans un royaume « catholique, et l'on m'en fail un crime. »

Ce millionnaire a été interdit sur la requête de ses parents. Les détails de son procès sont infiniment curieux, et le caractère du marquis de Brunoy est un phénomène moral.

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XXVII.

La petite Fête-Dieu.

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C'est l'octave du jour solennel ; c'est une seconde procession tout aussi mangifique que la première. Quelquefois il a plu le jour solennel ; la procession n'a pu sortir, ou elle a été mouillée; quel revers pour la paroisse ! Mais l'accident n'est pas irréparable; la procession prend sa revenche huit jours après, et la chance est plus heureuse. Tous les prêtres sont radieux ; l'encens, les fleurs, la musique les accompagnent. Le peuplé admire la belle ordonnance sous un ciel sans pluie, et se prosterne sur un pavé sec.

Ce jour a une double physionomie : le matin, c'est une fête ; les maisons sont tapissées, la ville est ornée; mais dès que la procession est passée, les échelles se dressent, les tapisseries tombent, les reposoirs se décomposent, les boutiques s'ouvrent; la foule travaillante se meut; les pyramides de savon de l'épicier, l'étau du fourbisscur, la forge du serrurier, l'escabelle du cordonnier, le mortier et les vipères du pharmacien se montrent à travers un reste de décoration. Dans une demiheure la ville a totalement changé de face. On aperçoit encore de loin le dais, et les boutiquiers ont repris leurs fonctions.

C'est un jour hermaphrodite, car on ne sait s'il appartient à la pompe du culte ou à l'avidité du commerce ; c'est un mélange du sacré, du profane. On emporte précipitamment les tableaux et les statues des saints pour faire place aux pompons du luxe. L'air mondain chasse les vestiges sacrés ; le tumulte du négoce succède à l'ordre paisible et religieux. Sans les fleurs dont le pavé est parsemé encore, et qui attestent le passage du Saint des saints, on ne soupçonnerait pas que les prêtres, une demiheure auparavant, promenaient le Dieu invisible et présent au milieu d'un peuple agenouillé.

Le dimanche suivant, c'est encore une procession dans le faubourg Saint-Laurent. On l'appelle le grand pardon. Elle est vraiment remarquable, en ce qu'elle est plus nombrense que toute autre, et plus longue que le long faubourg qu'elle parcourt. La paroisse Saint-Laurent a emprunté ce jour-là les encensoirs de toutes les autres paroisses, et des chasubles de toute couleur. Deux cents jardiniers en cheveux ronds sont transformés en prêtres, et portent l'habit sacerdotal. Deux reposoirs qui rivalisent représentent l'un un chapitre de l'Ancien Testament, et l'autre du Nouveau. Toutes les couronnes de fleurs sont suspendues dans les airs. Des enfants nus, gras et dodus, sont autant de petits saints Jean, et l'agneau vivant les suit, mené avec un ruban couleur de rose ou de bleu. Dans cet état d'innocence et de nudité, quelquefois ces enfants ont donné aux petites filles du quartier la première information sur la différence des sexes. Des Madeleine de huit à dix ans pleurent les péchés qu'elles commettront un jour, et de grosses servantes, vraiment pécheresses, les tiennent par la main; ce serait bien à celles-ci de pleurer. Une multitude de vierges, âgées de quatre à cinq ans, allongent la procession.

Les filles du Sacré Caur de Jésus marchent posément, mettant leur gloire à ne point regarder à côté d'elles les curieux pressés qui les regardent avidement.

Les bannières des différentes confréries offrent leur saint, martyr ou confesseur, les uns relevés en bosse d'or, et les autres en argent. Celui qui porte la bannière marche sur une ligne droite; il peut s'arrêter, mais il ne rétrograde point.

Cent cinquante thuriféraires sont jaillir l'encensoir, qui monte et retombe en cadence. Le groupe se dessine sous toutes les formes, et le jet varie dans les airs les figures argentées et fumantes, les roses pleuvant. Une musique bruyante et militaire annonce l'approche du dais, sous lequel l'hostie est placée, et que les notables environnent respectueusement, heureux de tenir le cordon qui touche au sanctuaire ambulant. La foule pressée et en extase se courbe, ne pouvant s'agenouiller. Quarante suisses robustes, croisant leur hallebarde, ont peine à retenir le flot du peuple, qui se précipite pour être plus près du soleil orné de riches pierreries. Ces suisses ne marchent point, ils sont poussés par le peuple, et ils n'ont plus qu'à lever la jambe pour avancer; c'est un rempart vivant et tout en sueur qui contient l'enthousiasme religieux.

Cependant le corps diplomatique, rangé sur les balcons de l'ambassadeur de Venise,voit défiler la procession. Les représentants des souverains protestants s'inclinent où fléchissent le genou, à l'exemple de l'ambassadeur du roi très-catholique. Quel triomphe pour le catholicisme ! C'est l'Europe entière qui se prosterne devant le bon Dieu de Saint-Laurent.

Tout le corps diplomatique rassemblé sur ce balcon, et témoin respectueux d'une procession, est une chose que j'ai vue et que je n'ai pas dû passer sous silence. Et qu'on dise que

la religion n'est pas triomphante, tandis que deux cents mille hommes accourent à ce pieux spectacle, et que les politiques de toutes les cours souveraines s'inclinent devant le passage du dais. Non ! la religion n'a pas souffert de toutes les attaques qui lui ont été portées par les incrédules. Entrez dans les églises, elles sont pleines! visitez les confessionaux, ils sont remplis ! Trois mille messes se disent par jour ! pas un reposoir n'a perdu une fleur depuis quarante aus ! aucun coup d'encensoir ne s'est abaissé d'une ligne ! Tous les cris des incrédules ne sont que des murmures impuissants et perdus !

L'æil fixé sur le balcon de l'ambassadeur de Venise, je me disais : Les voilà, les politiques de l'Europe ! ils ont vu passer la procession, et ils ne douteront point de sa réalité. Remarquons en passant que le corps diplomatique, quoique d'ailleurs très-instruit et très-respectable, jargonne le français, et que chacun lui donne l'accent de son pays. Ne pouvant pas visiter tous les souverains de l'Europe, j'ai du moins vu leurs représentants. Ce balcon n'était point la tour de Babel ; la confusion des langues n'y régnait pas; mais on pouvait néanmoins entendre toutes les modulations étrangères que les agens de la politique européenne impriment à la langue française.

XXVIII.

Confessionnal.

Je traverse une église, je vois une robe soyeuse, ondoyante, qui tombe avec grâce sur une jambe dont mon æil devine la légèreté et le contour; un mantelet serre des appas, sans en dérober l'élégance; des cheveux blonds percent à travers la coiffure : je m'arrêle, il faut que je devine l'âge sans voir la figure... C'est une beauté de dix-sept ans, qui est à genoux dans la boîte, le cou baissé, et dont l'haleine douce, fraîche et pure, se perd dans la barbe grise d'un capucin; également intéressante, soit qu'elle mente par pudeur, soit qu'elle hasarde par crainte des demi-aveux. Mais si elle se confesse à un jeune vicaire aux sourcils noirs, .au nez aquilin, à la belle jambe, aux manchettes lissées, quelles bornes auront la curiosité de l'un et la naïve confiance de l'autre?

Je ne la vois pas, mais je devine encore que son sein palpite; elle parle et n'ose souffler. Sans doute elle est innocente en

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comparaison de cette femme âgée qui fait contre-poids. Pourquoi donc la confession de la jeune fille est-elle plus longue? Pourquoi !... Qui l'entend ? qui l'interroge? qui se sent assez de force, de dignité et de prudence pour ne pas craindre son cæur en scrutant celui d'une jeune personne qui s'agenouille, les yeux baissés, les mains jointes, qui attend son arrêt, et qui ne peut pas pleurer les péchés qu'elle commis ou fait commettre? Voyez-la sortir du confessionnal : elle est muette, interdite, pensive : elle fuit vos regards avec une modestie profonde ; mais le remords n'est pas peint sur cette physionomie douce : la rougeur couvre ses joues; mais cette rougeur, on ne la prendra point pour de la honte.

Quand M. de la Lande lut à l'Académie des sciences un mémoire sur les comètes, et qu'on crut qu'il admettait la possibilité d'un globe venant heurter notre planète et la réduisant en poudre, comme une comète traversait alors notre tourbillon, le bruit de la fin du monde se répandit dans tout Paris et plus loin encore; car il pénétra jusque dans les montagnes de la Suisse. L'alarme fut universelle; et l'astronome, sans y penser, fit plus avec ses rêveries que tous les prédicateurs ensemble. On se précipita dans les églises avec tremblement et frayeur. On vit les confessionnaux des paroisses environnés d'une foule de personnes qui voulaient se munir d'une absolution; c'était à qui entrerait dans le sacré tribunal. Le grand pénitencier de Notre-Dame, à qui seul est remis le droit d'entendre les cas

à servés, fut plus assailli que les autres; autour de sa chapelle erraient des figures telles qu'on n'en avait jamais vues, physionomies påles et mélancoliques, des hommes qui semblaient sortir du sein des forêts; leur confession était comme empreinte sur leurs fronts; la crainte et le repentir commencé n'en pouvaient adoucir encore la férocité. Le jour marqué pour le désastre universel fut écoulé sans que la terre eût été choquée : alors tous ces visages effrayants et effrayés disparurent; la foule devint plus rare autour des confessionnaux ; les mains

des

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