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TRIBUNAL DES MARÉCHAUX DE FRANCE.

315 On a mis en scène devant Leurs Majestés le dialogue incroyable du menteur intrépide, et des provinciaux crédules : rien de plus vrai que le fond de cette farce. La coutume qu’on a de s'entretenir partout de la cour de Versailles, a créé dans de certains endroits des traditions d'une extravagance si rare, qu'on ne sait ce qui a pu enfanter ces détails imaginaires, dont 0:1 aurait peine à désabuser les personnes qui les ont adoptés, quelques raisonnables qu'elles soient d'ailleurs.

CVIII.

Tribunal des maréchaux de France.

On voit dans l'histoire qu'ils avaient une juridiction souveraine et sans appel sur les gens de guerre et la noblesse. De nos jours, ils prennent encore connaissance de tout billet et engagement d'honneur.

Le tribunal des maréchaux de France est le seul qui soit redoutable aux égrefins; et il faut avouer que quelques militaires ne sont point assez délicats, lorsqu'il s'agit d'emprunter pour ne pas rendre. Il serait à désirer que les citoyens portassent à ce tribunal toutes les affaires d'honneur sur lesquelles nos lois grossières sont muettes ou insuffisantes.

Les tribunaux n'écoutent nos demandes que lorsqu'il s'agit d'argent, et cette foule d'offenses qui chagrinent les âmes délicates et sensibles restent pour la plupart impunies, parce qu'il n'y a pas de juges faits pour venger cet honneur particulier, non moins précieux que la vie. Nos ancêtres étaient plus heureux que nous; ils avaient des tribunaux ouverts pour tout ce qui choquait leur noble fierté.

Les maréchaux de France ont deux juridictions: l'une volontaire, quoiqu'en partie contentieuse, concernant le point d'honneur entre la noblesse et les gens de guerre; l'autre, purement contentieuse et qui se régit par les formalités ordinaires aux

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lois générales, instituées pour l'administration de la justice. Les maréchaux de France exercent la première eux-mêmes dans leur tribunal; ils y terminent les différends qui viennent à leur connaissance.

Le siége de la connétablie du palais est une juridiction sous l'autorité immédiate des maréchaux de France; on y juge toutes les affaires contentieuses de particuliers avec gentilshommes ou militaires, les rebellions envers la maréchaussée. Les jugements de ce siége se rendent toujours au nom des maréchaux de France.

A l'égard de la compétence des personnes qui peuvent être traduites devant les lieutenants des maréchaux de France, il n'a pas encore été déterminé bien précisément l'extension que l'on y pourrait donner; c'est l'objet d'un règlement auquel on travaille depuis longtemps.

Tout homme d'honneur devrait de son propre mouvement se rendre justiciable de cet auguste tribunal, lui soumettre d'avance ses engagements, ses paroles et ses actions. S'il connaît de toutes les contestations concernant le point d'honneur entre les gentilshommes et les officiers, n'y a-t-il pas une nombreuse classe d'hommes qui, sans être militaires, vivent noblement, et qui ont aussi leur point d'honneur? Si l'engagement de tout homme libre était porté devant ce tribunal, s'il embrassait toutes les personnes qui ont reçu cette éducation dislinguée, laquelle établit une différence réelle entre les hommes, une foule de procédés honteux qui déshonorent la société disparaîtraient. On ne connaîtrait plus ces débats qui donnent un spectacle scandaleux et tendent à avilir des professions honorables : les engagements les plus sacrés ne seraient pas annullés par la lenteur des lois; le respect de soi-même, ce sentiment énergique, connu de nos ancêtres, renaîtrait dans toute sa dignité, la parole deviendrait un contrat; toute injure serait effacée; toute accusation gratuite serait punie; le fourbe, l'intrigant, le menteur n'ayant plus pour égide les formes tortueuses

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et ténébreuses de la chicane, seraient à découvert devant la franchise et la loyauté des juges. Le règne de l'honneur reparaîtrait, on serait soumis à d'augustes lois, et le lâche serait celui qui esquiverait ou voudrait infirmer les sentences émanées d'un pareil tribunal.

Le doyen des maréchaux de France porte, par distinction des autres, au côté droit de ses armes, une épée nue, et au côté gauche un bâton d'azur semé de fleurs de lis d'or, soutenu et porté par deux mains droites.

Louis-François-Armand du Plessis, duc de Richelieu et de Fronsac, pair de France, est aujourd'hui doyen des maréchaux de France. Il a pris au bas de ses armes le titre de connétable. C'est chez lui que se tient le tribuual, et que la compagnie de la connétablie y fait un service des plus assidus. Il est né le 13 mars 1696; et son nom, ses services, son caractère, sa fortune, sa renommée, l'influence de son esprit et son âge, lui donnent rang parmi ces hommes peu communs qui piquent la curiosité de leur siècle, et dont le portrait ressemblant ne manquera pas d'être transmis à la postérité, à qui seule il appartient de les juger en dernier ressort.

CIX.

Indécence dans les églises.

Il arrive aux bons paysans ou au plus bas peuple de chanter la messe ou les vêpres; sans l'avoir jamais appris autrement que de l'entendre perpétuellement de la bouche des prêtres; mais comme ces mots latins n'ont point de signification pour les chanteurs ils crient à tue-tête, et c'est ainsi qu'ils se dédommagent de l'ennui de n'y rien comprendre.

On ne rencontre pas dans nos temples cette décence qui caractérise les églises réformées, soit que la trop grande fréquence des actes religieux affaiblisse infailliblement le respect qui leur est dû, soit qu'il en coûte aux Parisiens de conserver un maintien tranquille et respectueux, de sorte que le corps n'ait que les mouvements indispensables, et que l'esprit paraisse détaché des pensées du monde. Une pareille situation devient un état violent pour les Parisiens, et il est nécessaire qu'elle ne soit pas de longue durée. Les caractères dominants de la jeunesse parisienne sont la vivacité et l'impatience; l'oeil est distrait, on regarde les allants et les venants; les loueurs de chaises tourmentent les fidèles, tendant la main, remuant de la monnaie.

18.

On traverse les églises comme si c'étaient des places publiques; il n'y a point d'irrévérence proprement dite, mais on marche tête levée; le maintien n'a pas le respect qu'on doit au temple où la créature adore le créateur.

On vient saisir quelques phrases d'un sermon, puis l'on quitte en secouant la tête, comme s'il s'agissait d'un paradeur qu'on écoute un moment et qu'on abandonne.

Les sermons, il est vrai, ne devraient pas durer plus d'une demi-heure. Si l'on y prend garde, l'attention ne peut guère aller au-delà de ce terme. Un sermon court et bien plein sur le devoir de chaque état, aurait plus de force que ces longs discours; la vraie mesure d'un sermon ne doit guère passer l'étendue de vingt à vingt cinq minutes, ou trente au plus. Le grand calme trop continu des objets, la monotonie de la voix qui se fait entendre, l'attention qui suspend les fonctions des sens, les langueurs du recueillement, causent ces accidents vaporeux, communs aux marguilliers assis dans l'ouvre, et si contraires à l'édification publique.

Si l'orateur sacré était assez prudent pour n'assembler ses auditeurs qu'à des heures fort éloignées des repas, il ne verrait pas quelquefois les personnes même les plus pieuses succomber sous le travail et les effets de la digestion ; il ne les entendrait pas répondre aux phrases tournantes de l'orateur par un ronflement propre à scandaliser, quelque involontaire qu'il soit.

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Quelques abbés prêtent à l'indécence publique, en affichant une de leurs compositions, comme si c'était une pièce de théâtre. Lecture préliminaire, académiciens et gens de lettres avertis, prévenus en bien; billets, gardes, difficulté d'entrer, affluence d'équipages; c'est une première représentation; on se mouche, on crache, on remue les chaises, pour dire qu'on est satisfait du style, et l'orateur, le bonnet carré en main, saluant presque l'auditoire favorable, pétille de joie, comme un comédien.

Dans la chapelle de l'académie, avant que l'orateur sacré commence, un suisse à hallebarde crie : Messieurs, le roi défend d'applaudir. On a été obligé d'avertir les Parisiens, par des affiches imprimées, que telle église n'était pas une salle de spectacle; la chaire évangélique, sans cette précaution, allait devenir un théàtre à monologues.

On appelle publiquement ces prédicateurs, des Theistes. Des valeurs médiocres figurent dans la chaire, parce que rien n'est devenu plus aisé qu'une composition de ce genre; tel orateur voulant se distinguer, y introduit des tours de force, prend le langage politique, comme on prenait, il y a trente ans, le langage encyclopédique; c'est une facétie sériense. Le prône d'un bon curé fera toujours plus de bien que les discours bizarres que se permettent les abbés à style véhément, le quel discorde au lieu, au temps, au sujet, et avec l'habit de celui qui parle.

Les prédicateurs subalternes n'usent point de ce charlatinisme; ils ont tout bonnement quinze ou vingt sermons en tête; ils les arrangent comme ils peuvent. Ce sera le jour de saint Joseph, par exemple; ils diront : Saint Joseph était menuisier, il faisait des confessionnaux, nous allons donc, mes frères, parler de la confession; ou ce sera l'équivalent de cette fine transition.

Dans plus d'un sermon de nos jours, composé par ces abbés, qui sont prêtres chez celui qui tient la feuille des bénéfices,

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