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à l'autre pendant trois jours de suite. Quel étonnant privilége a l'amour des saints ! Mais les porteurs, avertis par l'ancienne tradition, ont soin de promener le saint et la sainte à une distance convenable.

Ce récit que fait le peuple dans l'église Notre-Dame, n'est pas aussi pathétique que celui de la Chapelle du damné; mais dans son genre, il n'est pas moins précieux. Revenons à des traits historiques.

En 1728, lorsqu'on faisait quelques réparations dans la nef, et que les échafauds étaient dressés, des voleurs s'avisèrent d'un expédient pour piller tout à leur aise. Ils choisirent le jour de Pâques, comme devant rassembler un plus grand nombre de fidèles. Au premier verset du second psaume des vêpres, deux de ces coquins qui avaient trouvé le moyen de monter sur les échafauds les plus élevés, firent tomber quelques moëllons, quelques outils d'ouvriers , renversèrent quelques échelles, et crièrent que la charpente allait tomber. Chantres et fidèles interrompirent le verset du second psaume, et pensèrent à se sauver. Mais les portes étaient trop étroites pour la multitude. Pendant ce tumulte, les voleurs travaillèrent dans les poches, pillèrent montres et labatières. Les femmes qui avaient les plus belles boucles, furent les plus à plaindre; on leur arrachait l'oreille et les diamants. Les auteurs de ce coupable stratagème se conduisirent avec une si profonde adresse, qu'on ne put jamais les découvrir.

L'église de Notre-Dame vit jadis un grand débal entre le parlement et la chambre des comptes, pour le pas et la préséance du rang. C'était à la procession solennelle, le jour de l'Assomption de la Vierge, instituée par le valétudinaire Louis XIII, lorsque sa femme devint grosse après vingt-trois ans de stérilité.

La chambre des comptes fut repoussée en corps et vigoureusement par le parlement en corps. Après plusieurs paroles et voies de fait, ces hommes de robe, à la suite de ce débat, furent trente années sans assister à la procession. Le roi, pour les accorder, fut obligé de séparer leur brigade.

Le premier président de la chambre des comptes, qui fut le battu, est obligé aujourd'hui de marcher à la gauche du premier président du parlement; et il porte encore sur son front l'air humilié de son ancienne défaile. Le peuple le remarque et dit tout haut : il a la gauche, il n'oserait faire un pas vers la droite. Quel insigne revers dans les grandeurs humaines, être battu et céder encore le pas ! Il faut marcher ainsi le 15 août, sous l'oeil de tout le public attentif, et sortir queue traînante du cheur par la seconde porte, tandis que le parlement en triomphe sort par la première.

Un grenadier regardant un jour la cathédrale de Paris, s'écriait : Oh, le beau chêne, le beau chêne ! Que dis-tu là? lui disait son camarade. Réves-tu? un beau chêne? Ne vois-tu pas deux grosses tours, un clocher pointu ? - Eh, non, reprit l'autre; c'est un chene; regarde, regarde ceux qui mangent journellement le gland de ce bel arbre. En ce même instant les chanoines fleuris, gros, gras, fourrés, sortaient des vêpres, leurs aumusses sous le bras.

Les actions de grâces que la cour rend à Dieu pour la naissance d'un prince, pour le gain d'une balaille, pour la convalescence d'un monarque, enfin pour la paix, se célèbrent dans l'église Notre-Dame, au son d'une musique bruyante.

Les étendards et drapeaux enlevés aux ennemis, sont suspendus aux voûtes de ce temple. Le peuple appela jadis un général, constamment vainqueur, le tapissier de Notre-Dame. Quelle précision énergique dans ce mot!

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CIV.

Couvents, Religieuses.

Les couvents sont jugés. Les curiosités excessives, la bigoterie et le cagotisme, l'ineptie monastique, la bégueulerie claustrale y règnent. Ces déplorables monuments d'une antique superstition sont au milieu d'une ville où la philosophie a répandu ses lumières; niais les murailles de ces prisons sacrées séparent les victimes de toutes les idées régnantes.

Quelques directeurs ont droit de contrôle sur l'administration de cet empire. Un mélange adroit de décence et de mondanité les en rend le génie tutélaire.

On voit d'un côté la plus implicite obéissance, et de l'autre les petitesses du commandement. Ajoutez ensuite le désespoir du plus grand nombre, la résignation pacifique de quelquesunes, et l'abrutissement d'esprit des plus spirituelles. Là le devoir n'est plus qu'une routine; on fait le bien par contrainte et sans goût; on prie sans savoir ce que l'on demande, et l'on se mortifie pour obéir à la règle.

L'habitude adoucit un peu le joug; mais les imaginations ne sont pas assujetties. On apprend aux novices à craindre le démon, tellement qu'elles désapprennent à aimer Dieu. On leur fait faire par terreur ce qu'elles auraient fait par amour.

Les passions ne dorment pas dans le silence de la retraite; elles s'éveillent et jettent un cri plus long et plus perçant. Que de larmes secrètes ! Les moins infortunées tombent dans une stupeur machinale ; les autres , après s'être abandonnées aux sourdes imprécations du désespoir, meurent à la fleur de l'âge.

Le nombre de ces victimes diminue; mais qu'il eut été facile de détruire ces prisons tristes, en reculant l'époque des væux à vingt-cinq ans ! Une loi timide est ordinairement une mauvaise loi.

Autrefois de jeunes seurs étaient sacrifiées à l'avancement d'un frère au service; et plus d'une mère coquette voyait avec déplaisir auprès d'elle une fille qui grandissait.

On a tant écrit sur cet abus, que les mères les plus ambitieuses et les plus dénaturées n'osent plus parler de couvent à leurs filles. Celles qui peuplent les monastères sont des filles pauvres et sans dot.

Mais les demoiselles y restent jusqu'à ce qu'on les marie; et quand elles sont femmes elles racontent à voix basse les histoires secrètes que tout le monde sait, et les singulières passions qui y régnent. Ce qu'il y a d'étrange et d'inconcevable, c'est que cette même mère ne manquera pas d'y mettre un jour sa fille, quoique bien instruite du danger que l'innocence y court.

Je ne sais si les pauvres religieuses étrillent tous les jours leurs dos et leurs épaules à grands coups de discipline; si elles s'éveillent constamment à minuit; si elles regardent leur directeur comme doué d'une science surnaturelle : mais je sais qu'on ne se jette plus aux pieds de ces vertus sublimes, et qu'on a cessé de les admirer.

Ainsi les monuments de l'extravagance humaine subsistent, lors même que la raison en a montré les abus et les dangers. Le væu de virginité, loin d'être une perfection de la nature humaine, entraîne après lui tous les excès qui la déshonorent. Voyez d'un autre côté tous ces moines rubiconds, aux épaules larges, à la taille nerveuse; et jugez de la loi qui élève des grilles, des verroux, des portes pour condamner ces malheureux prisonniers des deux sexes à des plaintes et à des tourments qui se renouvellent à la naissance de chaque aurore.

Je n'ai jamais vu une religiense placée derrière une grille de fer, sans la trouver souverainement aimable; il n'y a point d'ornement qui vaille cette guimpe. Ce voile, ces habits lugubres, la mélancolie de leurs regards, qui dément leur parole ordinairement vive et précipitée; l'impossibilité de changer leur état, le sentiment que tant de charmes sont perdus, et que le soupir de l'amour malheureux sera éternel dans leur cour; tout m'attriste devant la barrière impénétrable, que rien ne peut briser. Quand je m'éloigne, je sens avec amertume qu'il n'est point au pouvoir d'un mortel d'adoucir les maux de ces infortunées. Elles ont sans doute quelques jouissances qui leur aide à supporter le fardeau de la vie. Mais tout me dit qu'il n'y a plus de félicité pour elles ; et je répète tout bas ce vers de Lucrèce, qu'on est forcé de redire si fréquemment dans les états catholiques :

Quantum religio potuit suadere malorum!

Si les vocations ne sont plus forcées, la séduction a toujours lieu dans les cloîtres, pour conduire l'inexpérience aux veux monastiques et éternels.

Voici un fait singulier, arrivé à Paris en 1773.

Un père voulant marier sa fille qu'il avait mise dans un couvent pour y recevoir sa premiere éducation, éprouva l'opposition la plus décidée. Il reconnut sans peine l'inspiration des filles indiscrètes et pieuses qui l'avaient élevée. Il ne permit pas qu'elle retournât dans ce couvent, et se chargea du soin de guérir cette grande aversion pour le monde, et de lui faire perdre le goût pour le voile. Deux jours après il reçut la lettre suivante :

« Dieu, à qui tout appartient, Souverain de l'univers et de « toutes créatures, Juge des vivants et des morts.

« Écoute, impie, les paroles de ton Dieu. Si tu les méprises, « je commande à l'ange exterminateur de te frapper avant la fin « de l'année. Oses-tu préférer ta fortune au salut de ton âme, «et satisfaire tes vues ambitieuses en allant contre mes volontés ? « Ne sais-tu pas que tous les biens sont dans ma main puissante, « et que je les distribue selon qu'il me plaît ? Ta fille est à moi, « sa volonté et son être m'appartiennent. N'es-tu pas trop heu« reux que je la range parmi mes épouses pacifiques, et que je « consente à ce qu'elle désarme, par ses prières, ma justice « irritée ? Tes crimes ont mérité les plus grands châtiments, « et mon bras est encore suspendu. C'est son innocence et ses « larmes qui ont arrêté ma vengeance; c'est le lieu qu'elle « habite qui a fléchi mon courroux. Si tu oses balancer la voca« tion qui l'appelle vers moi, tremble : mon bras va se baisser « et te percer dans ma colère. »

Le père vit bien que Dieu n'avait pas écrit une pareille

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