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LXXXV.

Toilette.

Une jolie femme fait régulièrement chaque matin deux toilettes. La première est fort secrète, et jamais les amants n'y sont admis ; ils n'entrent qu'à l'heure indiquée. On peut tromper les femmes; mais on ne doit jamais les surprendre : voilà la règle. L'amant le plus favorisé, le plus libéral même, n'ose l'enfreindre.

C'est là que le mystère met en usage tous les cosmétiques qui embellissent la peau, ainsi que les autres préparations qui chez les femmes forment une science à part; oserai-je dire une encyclopédie?

La seconde toilette n'est qu'un jeu inventé par la coquetterie. Alors si l'on grimace devant un miroir, c'est avec une grâce étudiée. On ne se contemple plus, on s'admire. Si l'on tresse de longs cheveux flottants, ils ont déjà leur pli et reçu leurs parfums. Les boucles sont bientôt formées; elles naissent sous une main légère, qui semble à peine y toucher. Si l'on plonge un bras d'albâtre dans une eau odoriférante, on ne peut rien ajouter à son poli comme à sa blancheur.

Cette toilette n'est qu'un rôle qui favorise le développement de mille attraits cachés ou non encore aperçus. Un peignoir qui se dérange, une jambe demi nue qu'on laisse entrevoir, une mule légère qui échappe du pied mignon qu'elle renferme à peine, un déshabillé voluptueux où la taille paraît plus riche et plus élégante, donnent mille instants flatteurs à la vanité des femmes. Tout, jusqu'au babil interrompu et coupé qui limite le désordre et le négligé du moment, prête un jour aux saillies vagabondes de l'imagination.

Les femmes à Paris ont l'imagination plus souple et plus vive que les hommes. Elles ont le talent de narrer mieux qu'eux. Les

liaisons dans leurs discours sont imperceptibles. Leurs transitions délicates sont toutes liées par le sentiment. On peut dire qu'elles écrivent leurs lettres par instinct; et j'ai toujours admiré le tour heureux de leur élocution, sans pouvoir comprendre ni saisir leur secret. Les billets du matin s'écrivent à la toilette ils ont une expression locale; ils sont plus aisés que ceux du soir.

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C'est là que l'on voit surtout que les femmes ont l'art de réparer une imperfection par une grâce, et que chaque agrément qu'elles se font, cache un petit défaut.

Pope a très-bien peint une toilette. Je le traduis, ne pouvant mieux faire. «< Elle approche, dans un vêtement blanc, d'un autel où plusieurs vases d'or et de cristal sont mystérieusement rangés. La tête nue, elle adresse ses vœux aux dieux brillants de la parure, à ces rois immortels du monde. Voilà qu'une image ravissante respire au fond d'un miroir. Ses yeux s'attachent sur les siens et y demeurent fixés. Elle sourit amoureusement à l'adorable déesse, unique objet de son admiration, de ses soins, de son respect. A côté de cet autel, où règne le silence attentif, une humble prêtresse, les yeux baissés, prépare les pures essences qui doivent embaumer sa flottante chevelure.

Les cérémonies commencent. On ouvre le dépôt des trésors cachés, où la beauté puise encore des attraits nouveaux. Du fond de mille petits coffres élégants, sortent mille grâces particulières. Les perles, les diamants, enfants du soleil, prêtent leur vif ornement. Le doux esprit des fleurs s'échappe des flacons d'or; l'air est embaumé des parfums de l'Arabie. L'écaille de la tortuc rampante, l'ivoire des dents de l'éléphant se trouvent unis et métamorphosés pour le même usage. Plus loin sont confondus la poudre, les brochures, les rubans nuancés de mille couleurs, le rouge, les billets doux, les épigrammes du jour, et une armée d'épingles.

La beauté devient plus belle; son front reçoit une nuance

plus vive et plus touchante; ses yeux brillent d'un rayon plus animé; son sourire enfin est plus doux. Je ne sais quelle grâce accomplie se répand insensiblement sur toute sa personne. Quel éclat ! quelle fraîcheur ! »

Et que n'eût point dit Pope, s'il eût vu cette toilette d'or, qui n'était cependant pas destinée à une reine; ce miroir célèbre, surmonté de deux petits amours tenant une couronne qui figurait celle du pouvoir ! Le fini, le précieux de tous ces ornements aurait été digne de ses vers; mais auraient-ils pu atteindre à la description de tant de richesses? Pope eût été aussi embarrassé que l'auteur qui voudrait décrire le nouveau pavillon de Lucienne, où tout ce qu'a pu imaginer la fantaisie raffinée du luxe est rassemblé au premier degré.

Ah, si l'on pouvait devenir un des sylphes dont parle le poëte anglais, et assister invisible à telle toilette! on en saurait plus en une heure que n'en disent toutes les anecdotes, que n'en font entrevoir toutes les conjectures.

Un seul témoin vaut mieux que cent gazettes.

Dieux! faites parler les toilettes,

Et nous saurons le secret des États.

LXXXVI.

Les petits chiens.

La folie des femmes est poussée au dernier période sur cet article. Elles sont devenues gouvernantes de roquets, et ont pour eux des soins inconcevables. Marchez sur la patte d'un petit chien, vous êtes perdu dans l'esprit d'une femme; elle pourra dissimuler, mais elle ne vous le pardonnera jamais : vous avez blessé son manitou.

Les mets les plus exquis leur sont prodigués: on les régale de poulets gras, et l'on ne donne pas un bouillon au malade qui gît dans le grenier.

Mais ce qu'on ne voit qu'à Paris, ce sont de grands imbéciles qui, pour faire leur cour à des femmes, portent leur chien publiquement sous le bras dans les promenades et dans les rues ; ce qui leur donne un air si niais et si bête, qu'on est tenté de leur rire au nez, pour leur apprendre à être hommes.

Quand je vois une belle profaner sa bouche en couvrant de baisers un chien qui souvent est laid et hideux, et qui, fût-il beau, ne mérite pas des affections si vives, je trouve ses yeux moins beaux; ses bras en recevant cet animal, paraissent avoir moins de grâces. J'attache moins de prix à ses caresses, elle perd à mes yeux une grande partie de sa beauté et de ses agréments. Quand la mort de son épagneul la met au désespoir, qu'il faut le partager, pleurer avec elle et attendre en silence que le temps amène l'oubli d'un si grand désastre, cette extravagance anéanti ce qui lui reste de charmes.

Jamais une femme ne sera cartésienne jamais elle ne consentira à croire que son petit chien n'est ni sensible ni raisonnable quand il la caresse. Elle dévisagerait Descartes en personne, s'il osait lui tenir un pareil langage; la seule fidélité de son chien vaut mieux selon elle, que la raison de tous les hommes ensemble.

J'ai vu une jolie femme se fâcher sérieusement et fermer la porte à un homme qui avait adopté cette ridicule et impertinente opinion. Comment a-t-on pu refuser la sensibilité aux animaux? Croyons-les très-sensibles; et loin de justifier la barbarie des hommes à leur égard, ne leur faisons que le moindre mal possible mais, en nourrissant de la chair des boeufs, des moutons et des dindons, n'accablons pas de folles caresses un petit chien que nous ne mangeons pas.

La femme d'un médecin avait son petit chien malade : son mari avait promis de le guérir; il n'en faisait rien, ou n'en était pas venu à bout impatientée, elle fit venir Lyonnais (1), qui

(1) Fameux médecin de chiens.

(Nole de Mercier.)

réussit parfaitement. Combien vous faut-il, dit le grave docteur de la faculté au conservateur de l'espèce canine? Oh, monsieur, entre confrères, reprit Lyonnais, il ne faut rien.

LXXXVII.

Les Perroquets.

Après les airs de chasse que font résonner les apprentis symphonistes, il n'y a rien de plus insupportable que le perroquet qui vous crie et va répétant aux oreilles toujours la même chose. Ce goût pour les stupides répétitions pourrait se satisfaire dans le monde sans recourir aux perroquets; que d'animaux parlant et redisant bien ce qu'ils ont entendu aux écoles de Droit, de Médecine, de théologie et au Lycée ! Enfin, une dévote n'avait-elle pas appris à son perroquet à répéter bien distinctement, voilà le bon Dieu qui passe, sitôt qu'on entendait de la rue le son de la clochette: elle porta l'oiseau vert chez son voisin; l'animal bavard, parfaitement instruit et éprouvé fut placé à la porte. Le Viatique passe, et le perroquet de dire: voilà le bon Dieu qui passe! Tout le monde s'extasie, admire, reste à genoux, et est prêt à crier au miracle. On oubliait que c'était aussi aisé à faire dire à un perroquet qu'à un enfant.

Une femme carressait un perroquet chéri d'un ministre dur. Ce perroquet était féroce: elle le savait; mais elle avait ses ́vues, elle se fit mordre au bras. Le ministre voyant le sang couler, s'émeut. Je voulais me faire saigner, il y a quelques jours, votre perroquet a pris ce soin; elle obtint ce qu'elle voulut.

Un homme de ma connaissance indigné de la courtesse ridicule de la queue des chevaux, avait stylé son perroquet à dire à contrevenant. Laissez la queue aux chevaux ? Je souffre comme lui, quand je vois un cheval maquignonne!

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