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promenades, les spectacles, et les abandonnent au peuple. Les spectacles donnent ce qu'ils ont de plus usé; les acteurs médiocres s'emparent de la scène : tout cela est bon pour des parterres moins difficiles, et pour qui les pièces les plus anciennes sont toujours des pièces nouvelles. Les acteurs chargent Ces jours-là plus que de coutume, et obtiennent de grands applaudissements.

Les bourgeois aisés sont partis dès la veille pour leur petite maison de campagne, voisine de la barrière. Ils y ont mené leur femme, leur grande fille et leur garçon de boutique, quand on est content de lui ou quand il a su plaire à madame.

On a porté la veille, dans un fiacre bien plein, toute la provision, et un pâté de Le Sage : c'est le jour des gaudrioles. La père fera des contes, la mère rira aux larmes, la grande fille s'émancipera un peu et se tiendra moins droite; le garçon de boutique qui aura acheté des bas de soie blancs et des boucles toutes neuves (honoré du titre de joli garçon), fera des gentillesses, et déploiera tous les moyens de plaire, attendu qu'il aspire de loin à la main de mademoiselle; car elle aura bien en dot dix à douze mille francs, malgré ses deux petits frères qui sont en pension, et qui ne participent pas encore aux jouissances de la maison de campagne, jusqu'à ce qu'ils aient remporté un prix au collège. Il ne faut pas les distraire du soin de devenir un jour de grands hommes, lorsqu'ils sauront la langue latine : c'est ce que croit pieusement le père, la mère et toute la maison.

LXIX.

Sages-femmes.

Quand une fille est devenue mère, elle n'avertit personne malgré l'édit de Henri II. Elle dit qu'elle va à la campagne; mais elle n'a pas besoin de sortir de la ville, même du quartier pour se cacher et faire ses couches. Chaque rue offre une sagefemme qui reçoit les filles grosses. Un même appartement est divisé en quatre chambres égales au moyen de cloisons, et chacune habite sa cellule, et n'est point vue de sa voisine. L'appartement est distribué de manière qu'elles demeurent inconnues l'une à l'autre pendant deux à trois mois; elles se parlent sans se voir.

On ne peut forcer la porte d'une sage-femme que par des ordres supérieurs. La fille attend là le moment de sa délivrance un mois ou six semaines, selon qu'elle a bien ou mal calculé. Elle sort après la quinzaine et rentre dans sa famille et dans la société. Elle a pu accoucher dans une rue voisine, voyant de sa fenêtre celles de son père sans que celui-ci s'en doute; et voilà

; ce que la province ne saurait concevoir.

La sage-femme se charge de tout, présente l'enfant au baptême, le met en nourrice ou aux Enfants trouvés, selon la fortune du père ou les craintes de la mère.

Combien ces réduits secrets ont-ils vu de malheureuses et tendres amantes, quelquefois trahies, abandonnées, et mouillant de leurs larmes tardives leur couche solitaire ! Quelle situation affreuse que celle de la jeune beauté qui, pressée entre le remords, le désespoir et la honte, paye avec usure un moment de faiblesse ! Elle ne peut nommer ni son amant ni son fils en les chérissant tous deux; fugitive de la maison paternelle, elle se trouve isolée dans cette immense ville, et obligée de vendre de petits bijoux pour obtenir le lit où elle déposera le fruit de ses

amour's.

On la cherche de tous côtés ; elle ne sortira de cette prison clandestine que quand elle pourra reparaître. La faute sera oubliée et même pardonnée, pourvu qu'il n'y ait point de publicité.

Ces sages-femmes tirent le plus d'argent qu'elles peuvent des infortunées qui viennent chercher leurs secours; ils ne sont pas désintéressés ; il n'en coûte guère moins de douze livres par jour.

les

On a vu plusieurs filles assez habiles pour cacher leur grossesse jusqu'au dernier instant, assez heureuses pour accoucher promptement, assez intrépides pour revenir dans leur foyer domestique sans éveiller les soupçons de leurs père, mère, frère et sæur. Quel inconcevable chef-d'oeuvre d'habileté, de présence d'esprit et de courage ! Ainsi les sages-femmes sauvent la réputation des amantes infortunées, elles sont vouées à la discrétion; le plus souvent, il est vrai, elles ne connaissent pas personnes qu'elles accouchent. L'enseigne d'une sage-femme est parlante; elle offre une femme portant un nouveau-né. Sans décrier une maison, cette enseigne empêche que des demoiselles bien nées y viennent demeurer, parce que ce voisinage paraîtrait trop commode aux yeux de la malignité. La fille prend la peine, quand l'accident lui arrive, de traverser la rue, et alors tout est dans l'ordre.

Le prêtre qui baptise est accoutumé à voir arriver la sagefemme, et il distingue ainsi du premier coup d'oeil l'enfant de l'amour de l'enfant de l'hymen. Les droits du prêtre ayant été fraudés, il punit le fils de l'infracteur dans l'extrait baptistaire, et le déclare enfant naturel, c'est à dire, bátard. Qui voudra écrire des anecdotes singulières, intéressantes, piquantes, savoir et le bien et le mal que l'amour fait dans ce monde, toutes les ruses qu'il invente, toute la force et tout le courage dont il est susceptible, qu'il fasse la connaissance de quatre ou cinq sagesfemmes ; il apprendra des aventures uniques presque incroyables, et les noms des personnages y manquant, le lecteur sera intéressé sans que les acteurs soient trahis. Ce qu'il y a de plus remarquable, c'est de voir quelquefois la fille d'une sage-femme servir sa mère dans des fonctions qui réveillent certaines idées, et au milieu de tant d'exemples de faiblesses, conserver sa chasteté intacte. Si elle tombe dans le piége, ce ne sera pas faute d’avoir eu sous ses yeux des motifs propres à la retenir sur le bord du précipice. Plusieurs filles qui ont visité une ou deux fois l'appartement

ces

obscur et impénétrable de la sage-femme, n'en trouvent pas moins un époux, en jouant le rôle d'Agnès, rôle que presque toutes les filles et même les plus soltes possèdent par instinct. Puis dans cette ville immense qui peut conter l'histoire de tel ou tel individu ? Le changement de quartier suffit pour dérouter le plus habile, le plus curieux investigateur.

Les filles pauvres et sans ressources vont faire leurs couches à l'Hôtel-Dieu ; on les y reçoit dès le sixième mois. Cette partie de l'administration est très-bien soignée; rien ne manque

à femmes de ce qu'exige leur état. Les maîtres de l'art y inspectent journellemeut la manière dont elles sont traitées jusqu'à leur parfait rétablissement. La chose vue en grand me paraît exempte de reproches.

Ces sages-femmes qui reçoivent toutes celles qui se présentent, sans s'enquérir de leur nom et qualité, et l'hôpital des Enfants-trouvés font que l'infanticide est un crime inouï dans la capitale. Ce forfait n'était pas rare avant ce sage établissement; et voyez s'il n'est pas plus commun en Suisse que dans toute la France.

L'édit de Henri II est tombé en désuétude; et sur cent filles qui accouchent clandestinement, à peine y en a-t-il une seule qui sache qu'une vieille loi la condamne à la mort pour

n'avoir pas révélé sa grossesse.

On compte à Paris deux cents maitresses sages-femmes; il y naît environ vingt mille enfants : divisez.

LXX.

Comment se fait un mariage:

Le père entre dans la chambre de sa fille, qui est à sa toilette, et qui a appris de sa femme de chambre qu'on allait la marier. Le père s'avance : Mademoiselle, lui dit-il, je vois, à vos yeux, que vous n'avez point dormi. - Non, mon père.

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– Tant pis, ma fille ; il faut être belle quand on se marie, ct on est laide quand on ne dort pas. Je ne le suis pas assez, reprend-elle avec un soupir. — Vous n'êtes pas assez laide, dites-vous ? c'est donc

pour l'être davantage, que vous prenez l'air triste et maussade que je vous vois; allons, ne faites pas l'enfant, je vous prie; il faut de la modestie le jour du contrat, mais la modestie n'est pas l'humeur, et c'est de l'humeur que votre visage annonce. Oh ! mon visage a bien raison. — Il a grand tort, et vous aussi ; je vous ordonne d'être riante.

- Vous m'ordonnez l'impossible. - L'impossible? et pourquoi, s'il vous plaît ? quel mal vous fait-on de vous marier avec un homme bien né, très-aimable, et surtout fort riche ? Je crois tout cela, puisque vous le dites ; mais il est toujours bien cruel d'être livrée à un homme que l'on ne connaît pas. - Bon ! est-ce qu'on connaît jamais celui où celle qu'on épouse ? Ton futur ne te connaît pas davantage. Crois-moi, ma chère enfant; je ne vois dans le monde de mauvais mariages, que les mariages d'inclination ; le hasard est encore moins aveugle que l'amour. Penserais-tu mieux connaître ton futur après l'avoir vu dix ans; rien n'est si dissimulé que les hommes, si ce n'est peut-être les femmes. Celui qui désire, et celui qui possède, sont deux; on ne sait jamais ce qu'un amant sera le lendemain de la noce; et comment le saurait-on ? il ne le sait pas lui-même ; c'est un hasard qu'il faut courir. Ta mère et moi, par exemple, nous nous étions beaucoup vus avant de nous marier. Eh bien! elle m'a dit cent fois que je l'avais trompée ; je lui ai dit cent fois qu'elle m'avait surpris. Tout cela s'est arrangé; car il faut bien que cela s'arrange. - En vérité, mon père, voilà d'étranges maximes! -Ce sont les maximes du monde, et le monde n'est pas un sot. Les petites gens ont besoin de s'aimer pour être heureux dans leur ménage; mais pourvu que les gens riches vivent décemment ensemble, leur aisance les met d'accord. Allons, ma fille, de la résolution, du courage, de la gaieté tout ira bien !

Le père sort après avoir prononcé ces mots. La fille, qui ca

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