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Un aumônier du roi leur apporte, tous les ans, une Semaine sainte, et un aumônier de la reine une autre.

Les princesses ont chez la reine le même service que les princes chez le roi.

Les princes servent aussi la reine, à l'exception de la chemise.

On les traite d'altesse sérenissime en leur écrivant, les ducs comme les autres.

Ils passent devant les grands et les dues en les reconduisant.

Dans les actes, ils prennent la qualité de très-haut, très-puissant et très-excellent prince, pourvu que le roi ou M. le dauphin n'y stipulent point. Dans ce cas, ils ne sont plus excellents ; ils ne prennent que la qualité de très-haut et très-puissant prince.

Ils épousent par procuration une princesse étrangère, destinée à être reine ou dauphine.

Ils ont le cordon bleu à l'âge de quinze ans.
Leurs fiançailles se font dans le cabinet du roi.
On les annonce chez la reine.

Les honneur's particuliers qu'on rend aux princes du sang, sont : qu'au sermon le prédicateur leur adresse la parole; qu'ils ont un tapis de pied et un prie-Dieu où personne ne se met avec eux; qu'on leur porte la patène et l'Évangile à baiser.

Au parlement, ils ont entrée et voix délibérative à l'âge de quinze ans.

Ils passent au travers du parquet.

Le président, dans ce qu'on appelle les séances de conseil, en prenant les avis, leur fait une profonde inclination, le bonnet à la main, sans les nommer.

La préséance des princes du sang sur tous les autres pairs, tant au parlement qu'à la cour, est annexée au droit du sang.

Que d'observations à faire sur le cérémonial ! La gravité du sujet m'a gagné malgré moi, et je n'ai pu rassembler que quelques traits épars, laissant aux amateurs le soin de s'enfoncer dans ces curieux détails.

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Ce protocole, imité et répandu chez les gens de qualité, leur a servi de barrière pour éloigner une multitude d'importuns; et un triste conseiller d'État a autant de formules dans son salon qu'il en règne à la cour.

L'étiquette, dira un prince, est une chose puérile et dont je ris tout le premier, mais c'est le seul rempart qui me sépare des autres hommes. Otez-la, je ne suis plus qu'un gentilhomme. L'opinion fait tout; les hommes vivent de formes, sont plongés dans les formes; chaque état a les siennes : mais la base de l'opinion repose sur les fondements les plus légers, et il faut traiter avec les hommes comme avec des enfants que l'extérieur frappe.

C'est outrer le raisonnement, comme on a outré l'étiquette. Sans doute, il faut connaître le lever et le coucher du soleil : les rois ont leurs occupations; ils ne peuvent être visibles à toutes les heures. Il est bon qu'on soit instruit de celles où il est permis de les approcher, et de la manière de parvenir au pied du trône. Mais devait-on en abuser, au point de charger d'étiquette toutes les minutes de l'année, quand on pouvait n'asservir à ce ridicule esclavage qu'une certaine quantité de jours de l'année ?

Henry III est l'auteur du cérémonial, tel à peu près qu'il s'exécute aujourd'hui. Il fit un règlement pour ceux qui devaient entrer dans sa chambre et dans son cabinet, et à quelles beures. Il prescrivit un ordre pour le service de sa bouche. Quant aux cuisiniers, marmitons, ils datent du siècle de Louisle-Grand.

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LXVII.

Les heures du jour.

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Les différentes heures du jour offrent tour à tour, au milieu d'un tourbillon bruyant et rapide, la tranquillité et le mouve

a

ment. Ce sont des scènes mouvantes et périodiques, séparées par des temps à peu près égaux.

A sept heures du matin , tous les jardiniers, paniers vides, regagnent leurs marais, asfourchés sur leurs haridelles. On ne voit guère rouler de carrosses. On ne rencontre que des commis de bureaux qui soient habillés et frisés à cette heure-là.

Sur les neuf heures, on voit courir les perruquiers saupoudrés des pieds à la tête (ce qui les a fait appeler merlans), tenant d'une main le fer à toupet, et de l'autre la perruque. Les garçons limonadiers, toujours en veste, portent du café et des bavaroises dans les chambres garnies. On voit en même temps des apprentis écuyers, suivis d'un laquais qui , montés sur des che vaux, courent battre les boulevards , et font payer quelquefois aux passants leur malheureuse inexpérience.

Sur les dix heures , une nuée noire des suppôts de la justice s'achemine vers le Châtelet et vers le palais : vous ne voyez que des rabats, des robes, des sacs (1), et des plaideurs qui courent après.

A midi, tous les agents de change et les agioteurs se rendent en foule à la bourse, et les oisifs au Palais-Royal. Le quartier Saint-Honoré, quartier des financiers et des hommes en place, est très-battu, et le pavé n'est rien moins que libre. C'est l'heure des sollicitations et des demandes de toute espèce.

A deux heures, les dineurs en ville, coiffés, poudrés, arrangés, marchant sur la pointe du pied de peur de salir leurs bas blancs, se rendent dans les quartiers les plus éloignés. Tous les fiacres roulent à cette heure, il n'y en a plus sur la place. On se les dispute, et il arrive quelquefois que deux personnes ouvrent en même temps la portière, montent et se placent. Il faut aller chez le commissaire pour qu'il décide à qui il restera.

A trois heures, on voit peu de monde dans les rues , parce

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de patience.

(1) On dit qu'il faut porter trois sacs à ce palais : sac de papiers, sac d'argent, sac

(Nole de Mercier).

que chacun dîne : c'est un temps de calme, mais qui ne doit pas durer longtemps.

A cinq heures et un quart, c'est un tapage affreux, infernal. Toutes les rues sont embarrassées, toutes les voitures roulent en tous sens, volent aux différents spectacles, ou se rendent aux promenades. Les cafés se remplissent.

A sept heures, le calme recommence; calme profond et presque universel. Tous les chevaux frappent en vain le pavé du pied. La ville est silencieuse, et le tumulte paraît enchaîné par une main invisible. C'est en même temps l'heure la plus dangereuse vers le milieu de l'automne, parce que le guet n'est pas encore à son poste , et plusieurs violences se sont commises à l'entrée de la nuit (1).

Le jour tombe, et tandis que les décorations de l'opéra sont en mouvement, la foule des manæuvres, des charpentiers, des tailleurs de pierre regagnent en bandes épaisses les faubourgs qu'ils habitent. Le plâtre de leurs souliers blanchit le pavé, et on les reconnaît à leurs traces. Ils vont se coucher, lorsque les marquises et les comtesses se mettent à leur toilette.

A neuf heures du soir le bruit recommence. C'est le défilé des spectacles. Les maisons sont ébranlées par le roulis des voitures, mais ce bruit est passager. Le beau monde fait de courtes visiles en attendant le souper. C'est l'heure aussi où toutes les prostituées , la

découverte, la tête haute, le visage enluminé, l'ail aussi hardi que le bras, malgré la lumière des boutiques et des réverbères, vous poursuivent dans les boues en bas de soie et en souliers plats : leurs propos répondent à leurs gestes. On dit que l'incontinence sert à préserver la chasteté, que ces femmes vulgivagues empêchent le viol, que sans les filles de joie, on se ferait moins

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gorge

(1) Un assassin, en 1769, armé d'une fronde courte, avait déjà, à la mi-octobre lué trois hommes dans l'espace de six jours, lorsqu'il fut arrêté.

(Nole de Mercier),

de scrupule de séduire et d'enlever de jeunes innocentes. Il est vrai que le rapt et le viol sont devenus très-rares.

Quoi qu'il en soit, ce scandale incroyable pour la province se passe à la porte de l'honnête bourgeois, qui a des filles spectatrices de cet étrange désordre. Il leur est impossible de ne pas voir et de ne pas entendre ce que ces femmes licencieuses se permettent de dire. Et que deviendra le traité du philosophe sur la pudeur?

A onze heures, nouveau silence. C'est l'heure où l'on achève de

souper; c'est l'heure aussi où les cafés renvoient les oisifs, les désouvrés et les rimailleurs à leurs mansardes. Les filles publiques qui vaguaient, n'osent plus se montrer que sur le bords de leurs allées, dans la crainte du guet, qui, à cette heure indue, les ramasse : c'est le terme usité.

A minuit et un quart, on entend les voitures de ceux qui ne jouent pas et qui se retirent. La ville alors ne paraît pas déserte; le petit bourgeois qui dort déjà est réveillé dans son lit, et sa moitié ne s'en plaint pas. Plus d'un petit Parisien doit sa naissance à la brusque commotion des équipages. Le tonnerre est encore, comme partout ailleurs, un grand populateur.

A une heure du matin, six mille paysans arrivent, portant la provision des légumes, des fruits et des fleurs. Ils s'acheminent vers la halle; leurs montures sont lasses et fatiguées; ils viennent de sept à huit lieues.

La halle est l'endroit où jamais Morphée n'a secoué ses pavots. Là, point de silence, point de repos, point d'entr’acte. Aux marayeurs succèdent les poissonniers, et aux poissonniers les coquetiers, et à ceux-ci les détailleurs; car tous les marchés de Paris ne tirent leurs denrées que de la halle : c'est l'entrepôt universel. La hotte qui s'élève en pyramide, transporte tout ce qui se mange d'un bout de la ville à l'autre. Des millions d'aufs sont dans des paniers qui montent, qui descendent, qui circulent : et, ô miracle! il ne s'en casse pas un seul.

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