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vrent, ne ravissent point les heures précieuses destinées aux devoirs de votre élat. On les nourrit, on les divertit, et elles sont contentes, paisibles. Si elles se permettent un amant à la suite de l'entreteneur, voilà où se borne leur tromperie.

L'ail en descendant saisirait les phalanges désordonnées des filles publiques qui garnissent impudemment les fenêtres, les portes, qui étalent leurs charmes lascifs dans les promenades publiques. On les loue comme les carrosses de remise, à tant par heure. Elles seraient pêle-mêle confondues avec les danseuses, chanteuses, et actrices des boulevards.

Le dernier gradin plongeant dans la fange montrerait les hideuses créatures du Port au Blé, de la rue du Poirier, de la rue Planche-Mibray; et le peintre, pour ne pas trop blesser les règles délicates du goût, n'en ferait saillir que la tête. Ici le vice a perdu son attrait, et le frisson qui court dans les veines dit que la débauche sait se punir elle-même.

Il est des métamorphoses très-surprenantes parmi ces femmes, et qui les font tout à coup changer de place sur le haut gradin pyramidal. Elles montent et descendent, selon que le hasard leur amène des entreteneurs plus ou moins riches. Le caprice, l'engouement, des rapports inconnus font que la petite fille dédaignée la veille, et qu'on ne regardait pas, est préférée à toutes ses compagnes. Elle roule quinze jours après en voiture brillante sur ce même boulevard où ses regards sollicitaient vainement de côté des adorateurs. Le commis à quinze cents livres, qui lui donnait à souper dans son taudis, la reconnaît et ne peut en croire ses yeux.

L'autre retombe dans l'indigence, après avoir mené un train, et devient dans son abaissernent le partage du laquais qui la servait six mois auparavant.

Qui pourra deviner les causes de ces vicissitudes ? Qui pourra savoir au juste pourquoi feu mademoiselle Deschamps était montée à ce degré d'opulence qui lui fit adopter le luxe insoJent de border les bourrelets de sa chaise percée de dentelles d'Angleterre, et d'orner de strass les harnais de ses chevaux (1) ?

Une fille d'Opéra qui vient de décéder laisse un mobilier immense, une somme d'argent considérable. Avait-elle plus de beauté et d'esprit qu'une autre ? Non; sortie de la plus basse classe du peuple, elle eut pour elle les faveurs de ce destin inconcevable qui dans ce monde élève, abaisse, maintient, renverse ministres et catins.

La populace regrette beaucoup le spectacle de la promenade de l'Ane : plaisir que lui donnait quelquefois un arrêt solennel du parlement.

Il s'agissait de la punition exemplaire de ces matrones, qui, comme le dit naïvement un grave jurisconsulte, font métier de séduire des filles de bonne maison.

Mais l'exemple tombait ordinairement sur quelque malheureuse qui avait prêté son ministère à des filles indigentes. On ne s'attachait point à celle qui, exerçant la profession en grand, avait servi les goûts fantasques des princes, des prélats, des étrangers, et même de quelques philosophes.

Voici une idée de cette promenade, telle que je l'ai vue. A la tête marchait un tambour; ensuite venait un sergent armé d'une pique; un valet conduisait un âne par la bride; sur l'animal à longues oreilles était montée à reculons la matrone, appareilleuse ou séductrice, le visage tourné contre la queue de la bête; une couronne de paille artistement rangée ornait sa tête. Sur son dos et sur sa poitrine pendait un écriteau en gros caractères, avec ces mots : Maquerelle publique.

Imaginez toute la canaille dans le tumulte et l'ivresse de la

(1) Cette demoiselle Deschamps se vantait d'avoir, à l'âge de trente ans, dévoré deux millions. Quant à cette fille d'opéra, que Mercier ne nomme pas, c'est mademoiselle la Guerre qui, en six mois, mangea six cent mille francs au duc de Bouillon. Elle laissa dix-huit cent mille livres amassées prestement et qu'elle ne put emporter chez Pluton, quelque en eût été son envie, car elle était d'une sordide avarice.

(Note de l'éditeur.)

joie, jetant en l'air ses sales bonnets, et fermant la marche avec des huées et des cris licencieux.

On n'a point renouvellé depuis plusieurs années ce spectacle indécent, qui ne sert qu'à réveiller des idées de turpitude, et qu'à autoriser la populace à proférer des mots sales et grossiers. L'écriteau lu, commenté et interprété, devenait un scandale pour les oreilles chastes et pour les jeunes filles innocentes.

D'ailleurs, que fait la promenade à cette ville créature ? Elle ne sent pas plus la honte que l'âne qui la porte.

Cette misérable osait sourire à la dérision universelle; el, mesurant de l'æil les croisées qui s'ouvraient sur son passage, elle avait l'effronterie de dire : , à ces fenêtres, au second étage, sont des demoiselles qui font les prudes, et qui n'osent se montrer; car elles ne pourraient me regarder suns me reconnaître.

Si l'on n'a pas donné plusieurs représentations de cette mascarade, ce n'est pas que l'actrice principale soit devenue rare; mais on a senti que nos Phrynés et nos Laïs ne dédaignant pas quelquefois de se livrer à une complaisance intéressée en faveur de quelques personnages titrés, il était inutile de faire tomber le châtiment ignominieux sur une malheureuse errante le long des ruisseaux, et mangeant par famine le pain de la prostitution.

Combien plus coupable est celle qui descend du trône de la beauté pour exercer ce vil et infâme métier, et qui immole ses propres charmes à l'avarice ou à l'ambition ! Mais l'être le plus dangereux pour les femmes, c'est la femme même.

Ces matrones bravent toujours avec plus d'audace que les hommes les Argus et les agens de la police, parce qu'indépendamment des accointances, elles devinent que leur sexe amortira toujours un peu la rigueur dont on voudrait user à leur égard. Un instinct secret leur dit que, péchant contre ellesmêmes et contre les lois religieuses, elles n'ont pas porté une dangereuse atteinte aux loix de l'État, à celles qu'il veut que l'on respecte par-dessus tout.

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On dirait aussi qu'elles ont deviné que la police avait à Paris un besoin continuel de leur ministère, et que si elles ne pullulaient pas en arrivant des provinces voisines et éloignées, on les appellerait de tout côté pour approvisionner la ville qu'on ne laissera point chômer de cette denrée, et pour cause.

En effet, un pasteur s'étant plaint à un lieutenant de police que sa paroisse était infestée de femmes publiques, le magistrat lui répondit tranquillement : Monsieur le curé, il m'en manque encore trois mille.

Voilà un article assez étrange; mais il entrait nécessairement dans le tableau de la capitale. Je n'ai pu passer sous silence ce qui est, pour ainsi dire, de notoriété publique. J'ai dit ce qui se voit, ce qui frappe tout les regards. Le reste peut se deviner; ma main ne soulèvera pas le rideau.

Le désordre dont je viens de faire ici le récit est commun à toutes les grandes villes. Il existe de tous les temps; mais il est aujourd'hui monté à un tel point, qu'il doit attirer l'attention de ceux qui s'occupent du bien public.

Les hommes livrés à un libertinage trop ouvert s'énervent sans aucun fruit. Les femmes se dénaturent, et prennent un tour d'esprit mauvais et pernicieux, qui influe sur les hommes qu'elles fréquentent. Enfin, le spectacle révoltant et scandaleux de la prostitution non voilée devient une contagion doublement funeste.

L'original Rétif de la Bretonne a proposé dans son Pornographe un plan pour les courtisanes de toutes les classes, au moyen duquel le libertinage, levant la tête dans les carrefours, n'insulterait pas du moins sous l'æil de la mère et de la fille à la décence publique. Serait-il donc impossible de l'adopter au moins en partie, et, par des lois nouvelles adaptées à l'esprit du siècle, de corriger ces vices publics qui entraînent nécessairement la ruine d'une foule d'idées morales ?

Il faudrait avant tout recourir aux travaux modernes de la chimie pour tuer, s'il se peut, le venin que lancent dans le

sang de la jeunesse ces femmes qui, sous l'air de Vénus, recèlent les feux empoisonnés de Tisiphone.

Cette réforme sera difficile; car elle demande un esprit juste, et un coup d'æil vraiment philosophique : mais elle devient de toute nécessité.

Non, il ne faut pas qu'une créature séduisante et pourrie at taque dans la rue le jeune hoinme, en lui montrant des appas propres à échauffer un vieillard, ni qu'elle fasse perdre en un instant à son malheureux père le fruit de dix-huit années d'éducation et de soins. Non, il ne faut pas que l'époux, jusquelà fidèle, rencontre tous les soirs de ces femmes, marchant avec un air de volupté, qui ne fut jamais dans la respectable mère de famille. Voilez ces objets de tentation à tous les regards ! Éloignez-les ! La parole qui sort de la bouche de la prostituée, et qui va frapper à deux pas l'oreille de l'innocence, est encore plus dangereuse que ses appas. Sa parole affiche le mépris de la pudeur. Si le dernier acle de la débauche est caché, pourquoi le premier ne le serait-il pas également ? Ce n'est pas le libertinage qui étouffe toute vertu, c'est sa fatale publicité. Administrateurs, lisez sérieusement le Pornographe de Rétif de la Bretonne.

'XXXV.

Le Paysan perverti, par M, Rétif de la Bretonne.

| J'ai renvoyé pour ce que je ne pouvais pas dire à ce roman hardiment dessiné, qui a paru il y a quelques années. La force du pinceau y fait un portrait animé des désordres du vice et des dangers affreux auxquels l'inexpérience et la vertu sont exposées dans une capitale dissolue. Cet ouvrage doit être salutaire, malgré ses peintures trop nues et trop expressives, parce qu'il n'est pas un père en province qui, d'après cette lecture, ne fixe constamment son fils auprès de lui : et c'est un très

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