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des porte-couronnes ». Après l'enterrement on en laissait au cimetière, ou en faisait cadeau à l'église pour servir d'ornement des autels; d'autres en conservaient sous verre, à la maison; il n'est pas rare, aujourd'hui, d'en rencontrer dans nos chalets, sous des glaces convexes, avec indication de la date, déjà lointaine, du décès. L'usage coûteux d'embellir la mort de tout âge d'une profusion de fleurs naturelles est relativement récent. Un de nos correspondants valaisans dit très bien: Li kòrònè prèyon pã pò sé kyɔ lè móɔ, les couronnes ne prient pas pour celui qui est mort.

8. Cortège funèbre. Les usages étant très différents chez les catholiques ou les protestants, nous les traitons séparément. Chez les premiers, avant de se mettre en marche, le curé vient faire la « levée du corps », c'est-à-dire qu'il asperge le corps, récite le psaume De profundis et une oraison (ainsi à Mettemberg B). Ailleurs on récite en commun un chapelet. Puis le convoi part dans l'ordre suivant: l'officiant avec ses serviteurs, le cercueil, les parents mâles d'après le degré de parenté, les amis ou connaissances, les femmes dans le même ordre. A Bagnes, les prieuses ouvrent le cortège (voir ci-dessus mort, Encycl. 6. Elles portent un crucifix encadré d'une couronne. Il faut joindre en tête le porteur de la croix qui marquera la tombe, peinte en rouge pour les célibataires, en noir pour les mariés (Broye). En Valais, c'est le filleul qui porte cette croix pour son parrain, la filleule pour sa marraine. Dans le Jura bernois, la croix est ornée de fleurs pour les enfants, munie d'un crêpe pour les adultes. Les quatre ou six premiers parents portent de gros cierges allumés; le nombre et la grosseur sont en rapport avec la position sociale du trépassé. Aux cierges est fixé un crêpe pour les grandes personnes, un ruban blanc pour les enfants (F). Dans les villages bernois, on voit encore une femme précéder le convoi avec un long cierge jaune, en forme de peloton, la pivat. Fribourg a aussi connu cet usage du chtokèl. Voici quelques détails pour un cortège du district de Delémont croix de l'église (noire pour les personnes âgées de

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plus de sept ans; blanche, bleue ou rouge pour les petits enfants), portée par un servant; croix qui sera plantée sur la fosse, portée par un petit garçon pour les mariés, par une petite fille pour les célibataires; les enfants de l'école (s'ils prennent part); les chantres; le curé (vêtu du surplis, de l'étole et de la chape noire pour une personne âgée de plus de sept ans, sans la chape pour un enfant); à droite et à gauche du curé marchent deux servants, dont l'un porte le bénitier et l'autre l'encensoir; le cercueil; les parents précédant les amis et connaisssances; les parentes suivies d'autres femmes.

Chez les protestants, un culte et une prière ont lieu dans la maison mortuaire, quelquefois en plein air, à l'église si la participation est très grande. Le pasteur rappelle les principaux événements de la vie du défunt. Pendant ce temps, la bière a été préparée devant la maison. Le cortège se range. Sa composition est celle-ci: cercueil en tête, parents, amis, d'abord les hommes, puis les femmes. Aux Ormonts, les filleuls conduisent à tour de rôle le cheval du corbillard, puis, arrivés au cimetière, portent le cercueil. Les femmes s'abstiennent de plus en plus de « suivre ». Dans la ville de Genève, cela leur fut défendu en 1664 (Recueil des Arrêts du Magnifique Conseil, t. V). Neuchâtel suivit en 1699; mais à la campagne la coutume survécut.

L'enterrement a ordinairement lieu le surlendemain du décès, dans les trois fois 24 heures. En été ou dans un cas de maladie contagieuse, il peut être hâté. A la campagne, on enterre de préférence le matin; si c'est un dimanche, l'aprèsmidi.

Il n'est pas de bon ton de se montrer sur le passage d'un convoi funèbre; dans beaucoup d'endroits on a encore l'habitude de fermer les volets et les maisons. Il faut y voir probablement un reste inconscient de paganisme (voir van Gennep, op. cit. p. 207, Samter, Geburt, Hochzeit, Tod, p. 28). Dans les villes, au contraire, les curieux font la haie.

9. Sonnerie de cloches. Nous avons décrit sous mort,

Encycl. 5 la sonnerie de l'agonie. On sonne encore plusieurs fois jusqu'à ce que le corps soit rendu à la terre. En pays protestant, il n'y a pas ou peu de sonnerie. Certaines contrées ont tenu à conserver aux cloches une partie de leur langage symbolique d'autrefois. Dans plusieurs endroits, on sonne pendant que le cortège funèbre se rend au cimetière; à Plagne (B) en outre, quand la fosse est creusée. En pays catholique, les cloches sont plus éloquentes. La sonnerie varie assez selon les lieux et selon les cloches que la paroisse possède. On sonne ou peut sonner le lendemain du décès, le matin (sonnerie de la mort, trois « couplets » avec les trois cloches, précédés ou suivis de tintements avec l'une d'elles, selon que c'est un homme, une femme ou un enfant), en commençant ou en achevant de creuser la tombe, la veille de l'enterrement, pendant celui-ci, au moment où le prêtre quitte l'église, où il fait la « levée du corps », avant et pendant le cortège, au moment où l'on chante à l'église le Libera me, lorsqu'on quitte l'église pour s'approcher de la fosse.

10. Au cimetière et à l'église. Les protestants se rendent généralement directement au cimetière, où a lieu un deuxième culte plus bref qu'à la maison, une prière et, selon les lieux et circonstances, une allocution. Après que le fossoyeur (ou un parent) a jeté les trois premières pelletées de terre dans la tombe, le pasteur prononce la bénédiction. Anciennement, il y avait encore le « remerciement » aux assistants, dit par un membre de la famille (Vd). « Dans les enterrements, écrit le doyen Bridel à propos des Ormonnens, il y a toujours quelque parent ou ami qui fait devant la fosse une petite oraison funèbre... et qui les (les assistants) remercie de l'amitié qu'ils ont portée au défunt» (Coup d'œil sur les Alpes du canton de Vaud, Cons. VI, p. 288). Dans quelques villages, on va d'abord au cimetière, puis à l'église, où se font l'oraison et la prière. Les catholiques entrent à l'église, à moins qu'on ne s'arrête d'abord devant elle pour procéder à la cérémonie de la «< levée du corps ». A l'église, la messe est accompagnée de l'office

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des morts. La liturgie varie quelque peu de canton à canton. Nous faisons suivre deux descriptions, pour en donner une idée. Environs de Romont (F): le cercueil est placé au choeur, sur un soubassement, et les cierges portés par les parents sont disposés, allumés, sur six guéridons autour de la bière (ils deviennent la propriété du curé ou de l'église). On chante le requiem (Obit) et le Libera me. Ensuite le cercueil est porté au cimetière où se font les dernières prières liturgiques. Le curé jette la première (ou les trois premières) pelletées. La tombe est aspergée d'eau bénite. Pas de discours. District de Delémont : le cercueil est déposé à l'entrée du chœur et les assistants prennent place dans les bancs, les proches parents en avant; le curé chante l'office des morts et la messe pour le défunt. La messe finie, on chante auprès du cadavre le Libera me; puis le cortège se forme de nouveau pour se rendre au cimetière, où l'inhumation se fait avec les prières prescrites par le Rituel. Si l'enterrement a lieu l'après-midi, la messe est remplacée par le chant des vêpres des morts.

Aussitôt que les participants se retirent, la tombe est remplie par le fossoyeur et ses aides, ailleurs par les porteurs. A la sortie du cimetière (ou en revenant à la maison mortuaire) a lieu dans les cantons protestants, aussi chez les catholiques genevois, la cérémonie de l'honneur, qui consiste à défiler devant les membres de la famille du défunt, avec ou sans poignées de main. La coutume est en train de se perdre. Les femmes n'y prennent pas part. A Neuchâtel, c'est au domicile du défunt que les parents, réunis dans une chambre, reçoivent la poignée de main des assistants, avant le départ du convoi, à moins que la lettre de faire part n'avise qu'« on ne touchera pas. >>

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11. Costume de deuil. Le brassard d'étoffe noire que les hommes portent au bras gauche, le ruban noir autour du chapeau, le voile long dont se couvrent les femmes ont été introduits il n'y a pas longtemps. Autrefois les femmes portaient une espèce de mantille noire, restée traditionnelle dans cer

taines parties de Fribourg et du Valais. Les hommes avaient à leurs chapeaux (le haut de forme était de rigueur) un long crêpe dont les deux bouts pendaient sur le dos. Cela s'appelait le manti (manteau), nom qui rappelle une coutume encore plus

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ancienne : c'était un véritable manteau de toile noire et légère qu'on mettait sur ses habits. Nous supposons que c'était une réminiscence de l'habit de pénitent (blanc ou d'autre couleur) que portaient lors des funérailles les membres des confréries à l'époque catholique. Dans plusieurs vallées valaisannes, les porteurs du cercueil ou même les membres de la famille revêtent encore cette « robe de fraternité » ou abè. Dans le canton de Vaud (première moitié du XIXe siècle), on mettait le long

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