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2. neuch. rotte, rottelet (rota à Sugiez, selon M. Fankh.), vaud. rotta (Bridel, s. roffa), qu'on serait tenté de considérer comme un emprunt fait au suisse allemand rotte, rotel; cependant il faut tenir compte de l'existence de la forme rottas dans le Laterculus de Polemius Silvius (cf. Schuchardt, Z. f. rom. Phil. XXX, 727). D'autre part, les rédacteurs de l'Idiotikon, VI, 1785, de la Suisse allemande sont eux-mêmes bien embarrassés pour expliquer le suisse all. rotte [rotli à Montilier (Morat), à Douanne, à Gléresse (Bienne)], qui ne peut être un dérivé de l'adjectif marquant la couleur «rot ». S'agit-il encore ici d'un mot appartenant au fonds commun des patois allemands et romands du plateau suisse1?

3. sav. plate, plateron, platelle (v. p. 13), qu'il aura peutêtre reçu à cause de son corps fortement comprimé 2.

Ruodlieb (11e siècle): lucius et rufus. Dans le Coutumier de Talloires (Savoie) de 1568, M. Bruchet (Ripaille, p. 596) relève le texte suivant : unam bizolam seu veyronum cum parvis piscibus omnia in oleo frixa, et cum hiis debet intinctum ruffum seu salsam ruffam. Mais pour appuyer l'étymologie, il faudrait démontrer l'existence de l'adj. rufus dans le franco-prov. ; pour l'anc. frç., v. Ott, Etude sur les couleurs, 116. - Au point de vue phonétique, il serait préférable de rapprocher le nom du poisson de la famille bien répandue ruf, représentée dans le francoprovençal par rofa « morve », mais je ne vois pas de moyen pour expliquer l'évolution sémantique du mot. Enfin existe-t-il un rapport quelconque entre rufolk (Id. VI, 678) et la rofa?

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1 La taxe de Villeneuve (Forel III, 334) offre brame [génitit], dont il n'existe aucune trace dans nos patois; c'est évidemment le frç. brême (v. Dict. gen., Rolland III, 144, branma, Const. et Dés. et Antoine Thomas, Rom. XXXV, 190-191). V. aussi l'article du Projet d'arrangement du Glossaire no 5461.

2 Voici les noms que Fatio IV, 459 a puisés dans la langue des pêcheurs de la Suisse allemande : Rotten (v. Id. VI, 1785), Rothasel, Schwal (Id. I, 1104), Schneiderfisch (I, 1104), Förm (I, 1017), Furn, Furnickel (I, 1022), (jeune) Gnitt (Id. II, 676). L'allemand désigne le même poisson par le nom Plötze, qui s'accorde d'une manière frappante avec le haut engad. plotra (Pall. et Melcher), com. piôta (Monti), que nous devons mettre en rapport avec le posch. plota, lomb. pioda, pioda, piota <<< lastra di pietra» (v. pour le sens sav. plate, plateron < plat). Sur cette famille de mots, v. Salvioni, Boll. storico della Svizz. ital. XVII,

L'ablette, alburnus lucidus, porte les noms suivants: 1° sardine, mirandelle1 (v. aussi Const. et Dés.). 2o naze, qui est ailleurs le nom du chondrostema nasus, suisse all. Nase, Nasenfisch, neuch. nase, naze, frib. nặza, (Sugiez, Fankh.) masc.; c'est sans doute un mot d'emprunt tiré des patois allemands voisins, puisque d'une part nasus a donné nā dans les dialectes neuchâtelois et fribourgeois et que d'autre part ce poisson voyageur ne vit dans les affluents du Rhin. que 3° beseula, (v. p. 28). 4o vaud. abletta, ablo (Bridel), frib. @bya (Sugiez), neuch, auble (Rolland III, 140), able, laube, Morat abbelé (Fatio) qui est le latin albula3 (à cause de ses écailles d'un beau blanc argenté). -5° blanchet, blanchaille (Fatio), blyantsè (vaud. frib.), bllantzet (Bridel), dérivé roman de blyan, blyantse (cf. albula). 6o neuch. rondion (Bridel), rondzon (vaud. frib.), qui se rattachera peut-être à rond à cause du museau plus ou moins tronqué obliquement (v. naze) ou bien à rondzon << trognon d'un fruit », quoique le développement du sens ne soit pas clair1. 6o anc. genev. borreta (du Villard), dérivé

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141; XVIII, 40; XIX, 162; XXIII, 90, Rendic. dell'Istituto lomb. XXXIX, 514-515, Rom. XXXVI, 244, Memorie dell'Istituto lomb. XXI, 528, v. Ettmayer, Z. f. rom. Phil. XXX, 528, et sur le nom piota comme nom de poisson v. Ant. Thomas, Rom. XXXV, 187; Schuchardt, Z. f. rom. Phil. Meyer-Lübke, Ibid, XXXI, 503. Sur le tessinois scardola v. aussi Thomas, Rom. XXXV, 191 et Schuchardt, Z. f. rom. Phil. XXX, 729; v. enfin un article instructif de M. C. Wanger, Beilage 25 de la Schw. F. Ztg. IV.

1 Tous les deux noms doivent être sans doute peu anciens, le second est dérivé d'un substantif meranda [cf. vb. meri « mirer », meriola, miriola « marqué de taches blanches » (Bridel)], formation attestée dans nos régions aussi par le vaud. cosandai, -aira (< consuenda + ariu << tailleur »). Sur ces formations, v. Pieri, Z. f. rom. Phil. XXVII, 459 et notamment p. 462.

2. Cf. aussi le suisse all. Laubeli, Fatio IV, 416.

3 Cf. Rolland III, 140, frç. ablette (Dict. gen.), Thomas, Mélanges, 22, Nouv. essais, 82; Grammont, La dissimilation consonantique, p. 62, P. Barbier fils, Rev. de phil. frç. XXI, 385, et Rev. des langues rom. LI, 241, et surtout Désormaux, Revue savoisienne XLV, 68.

4 Du Cange cite le nom de poisson rundula, que je ne puis contrôler

de borri, borron, borré, bourri « canard, oie » (Bridel). 7° medza (vaud.), medza-mèrda1 (Villeneuve, Noville), genev. mange-merde (Rolland III, 141), noms qui s'expliquent par l'appétit extraordinaire de ces petits poissons, qui se jettent sur tout ce qui tombe dans l'eau.

Le gardon, leuciscus rutilus, est souvent confondu avec le rotengle: tous les deux sont d'un vert olivâtre ou bleuâtre en dessus, se fondant sur les côtés dans un jaunâtre plus ou moins cuivré ou argenté; de là une assez grande incertitude dans la nomenclature des deux poissons. Voici les noms recueillis dans nos patois romands (Fatio IV, 481): 1° blanchet (Evian) (v. p. 37); 2o vaud. raufe (Saint-Saphorin), (v. p. 35); 3° fago « vangeron » (Bridel, usité à Lutry selon Jurine), que l'on voudrait rattacher à fagot, quoiqu'il soit difficile de reconnaître le tertium comparationis; 4° rosse, qui sera « la rousse >> (Rolland

dans le texte latin auquel il renvoie. Il n'est guère permis de supposer que notre mot soit un dérivé de (hi)runda, point de départ d'autres noms de poissons (v. P. Barbier fils, Rev. de dial. rom., I, 447).

1 Les substantifs composés d'un impératif et d'un substanttf sont très nombreux dans nos patois romands; en voici quelques exemples formés avec le verbe medzi « manger »: mədzə-brasé « mange-gaufre >> (surnom donné aux gens de Fiez près Villeneuve, mədzə-fédzo « mangefoie » (surnom donné aux gens de Nyon), medze-gratta « mange-gale ou gagne-peu » ou plutôt «qui mange ce qu'il a réussi à gratter, à gagner péniblement », medze-campouta « mange-choucroute », l'un des surnoms des habitants de Venezy), medze-cudra « mange-courge » scarabée doré, beau coléoptère vert, carnassier vorace qui vit d'insectes »>, medze-profi« mange-profit », « petit travailleur qui gagne à peine son entretien »>, etc.

2 Les patois de la Suisse allemande désignent le même poisson par Ischer (v. p. 11 n.), Winger (Fatio IV, 416), Bläuling (Id. V, 245), Luenzli (Id. III, 1348), Ingerli (I, 336), Seelen (v. p. 14 n.), Grässling (Id. III, 852), Zienfisch (Fatio; Id. I, 129), Wissfisch (Id. I, 1105), Lagūne (Id. III, 1172), qui rappelle d'une manière bien singulière l'agon du lac de Côme, lequel désignerait toutefois, selon Monti et Fatio, un tout autre poisson, l'alosa finta cf. aussi Lorck, Altberg. Sprachdenkm., 217. Une variété de l'ablette, alburnus alborella, vivant dans les eaux tessinoises, serait appelée selon Fatio IV, 441 vairòn (Monti), v. p. 14.

III, 142); 5° français (Evian), mais le mot le mieux attesté dès la fin du moyen âge est 6o veindzeron, vendzeron (frib. 1), vangeron (Humbert), neuch. vingeron (Humbert, s. vangeron), dont la taxe de Villeneuve (1380) nous apporte déjà le témoignage précieux: vengeronorum [génitif]; nous retrouvons ce nom aussi dans la liste des poissons établie par le syndic du Villard de Genève en 1581: « Le vengeron se pesche jusqu'à demi-livre, sa saison est en Juin. Des moindres. » (Forel 332). L'explication, donnée par M. P. Barbier fils, Rev. des 1. rom. LI, 404, qui croit reconnaître dans vengeron le représentant patois du franç. vigneron, est inadmissible, puisqu'une forme vindzeron vigneron est incompatible avec toute la phonétique régionale (v. Atlas linguist., c. vigneron). Il paraît plus probable que nous avons affaire à la base qui se continue dans l'allemand Winger, qui désigne le gardon dans la Suisse allemande 2: ce mot remonte à un type vingari, qui aurait abouti tout régulièrement dans nos patois romands à *vindzer, forme élargie par le suffixe fréquent -on en veindzeron. L'origine de vingari est obscure.

Il nous reste à parler de l'ombre-chevalier, salvelinus umbla, qui est appelée sur les bords du Léman omble-chevalier et (par étymologie populaire ou par confusion avec l'ombre) aussi ombre-chevalier, tandis qu'à Neuchâtel on connaît le

1A Sugiez (lac de Morat) vindzaron, à Auvernier, Marin (frç. local) vingeron (lac de Neuch.), à Montilier près Morat (allemand): vändzərùn (autrefois vinnara), à Douanne, Gléresse, Lüscherz (lac de Bienne): vinnara fém. (Fankhauser).

2 Le mot, vivant dans la région située entre les lacs de Morat, Neuchâtel et Bienne, désigne le gardon, tandis qu'à Lucerne Winger est le nom de l'ablette (v. Asper, 93, 96).

3 Le nom le plus connu de la Suisse allemande, Rötele (Id. VI, 1773) fait allusion aux nageoires souvent rougeâtres du poisson. Les lacs au sud des Alpes offrent plusieurs variétés caractéristiques de notre espèce: 1o leuciscus pigus, com. pigh (v. les explications données par Fatio IV, 511 n. et Monti, s. pigh), dont l'encóbia serait la femelle (Monti, Cherubini); 20 leuciscus aula: trull, troï (Fatio IV, 536; trui, triòt, Monti).

poisson sous le nom d'amble. Les matériaux recueillis au bureau du Glossaire de la Suisse romande présentent les formes suivantes: ombrechevalyé (Sugiez, frib.) — sans doute forme francisée — anbiou (Portalban, frib.); Const. et Dés. ont enregistré le sav. anbră « ombre-chevalier », du Villard connaît en 1581 omble, qui s'accorde parfaitement avec amblii [génitif] de la taxe de Villeneuve (1380) et ambula des comptes du châtelain de Chillon (Forel 334, 3351). Sur la côte savoisienne, ce sont les registres de dépenses du château de Ripaille qui nous fournissent la preuve de la grande faveur dont l'ombrechevalier jouissait sur la table des seigneurs et des moines de Ripaille: pro 4 ambulis (p. 318, a. 1471), pro 12 omblaz (ibid.), ambloz (p. 317, a. 1415, 318, a. 1471). Il est évident que toute recherche étymologique doit partir de la forme la plus ancienne qui est ambula, transcription latine d'une forme patoise ambla ou amblo, que je crois identique avec l'amulus2 (> amblo) attesté dans le Laterculus de Polemius Silvius 3.

1 Le dérivé ambleria et amblaria se rencontre dans deux actes de 1363-1364 et de 1403, rédigés sur la côte vaudoise près de Montreux. Ce seront sans doute des viviers où l'on enfermait un certain nombre de poissons prêts à être servis quand des hôtes imprévus venaient demander l'hospitalité du châtelain de Chillon. Aujourd'hui, on désigne le lieu de frai de l'ombre-chevalier par le dérivé: cmblière (Forel III, Introd. p. 1).

2 L'étymologie umbra proposée par M. Barbier fils, Rev. de dial. rom. 1, 452, est donc insoutenable.

Dans les villages allemands des lacs de Bienne et de Morat, la forme primitive, mais aujourd'hui disparue, des patois romands avoisinants s'est conservée: ambalì (Lüscherz) et ampali (Montilier près Morat), cf. aussi Id. I, 239. Fatio V, 397, relève comme nom de l'ombre-chevalier sur les bords des lacs de Thoune et de Brienz le mot hamel, qui, dans ce pays anciennement roman, atteste peut-être la survivance de amulus, rapproché de hammel (?) par l'étymologie populaire. On trouve en outre Rötel, v. p. 39 et Ritter (Id. VI, 1719), qui traduit le second élément du mot francais (ombre-chevalier).

3 Polemius Silvius est, pour ainsi dire, le premier lexicographe franco-provençal. Quoiqu'on n'ait pas de raisons suffisamment solides pour identifier l'auteur du Laterculus avec Silvius, évêque d'Octodurum

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