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Pie VII, il ne saurait y avoir de démocratie sans vertu. Or, la vertu et les mœurs ne sauraient se former dans les masses sans l'action constante et habituelle du christianisme. Les républiques de l'antiquité, après avoir jeté un vif éclat, tant qu'a duré leur vertu, se sont ensuite perdues dans la corruption, car la corruption a pour effet de dissoudre nonseulement les monarchies qui ont le malheur d'en faire un moyen de règne, mais encore et surtout les républiques qui se laisseraient gagner par elle.

C'est, sans doute, sous l'empire de ces considérations que le comité s'est montré si respectueux pour le christianisme, et que, sans s'arrêter à quelques honorables scrupules, il s'est implicitement prononcé pour le troisième système, en décidant, dans sa séance du 20 novembre 1848, qu'avant de saisir l'Assemblée des réformes à introduire dans le Concordat et les lois organiques, il était plus régulier que le gouvernement ouvrit une négociation avec le Saint-Siége, afin de préparer, sur des bases plus libérales, un nouveau Concordat qui serait ensuite présenté à la sanction du pouvoir législatif.

Pour donner au lecteur une idée plus complète du système qui a prévalu au sein du comité, qu'il nous permette de lui soumettre un extrait d'un écrit sur les Rapports de l'Église et de l'Etat, que nous avons publié en 1847, dans le but d'exposer et de défendre ce système.

« Il n'y a rien, dans l'union ou la séparation des deux puissances, d'essentiel à l'Église. Elle peut vivre, comme elle a vécu, sous l'un ou l'autre régime. Que les hommes de la liberté de conscience ne s'effraient donc pas. Il ne s'agit pas ici d'un de ces principes immuables auquel l'Église ne saurait

a de vertu, que leur ambition était irritée par le succès de celui qui avait le « plus osé (Cromwell), que l'esprit d'une faction n'était réprimé que par « l'esprit d'une autre, le gouvernement changeait sans cesse : le peuple

« étonné cherchait la démocratie et ne la trouvait nulle part. Enfin, après « bien des mouvements, des chocs et des secousses, il fallut se reposer dans « le gouvernement même qu'on avait proscrit, » (Esprit des Lois, liv. 111, chap. 3.)

renoncer sans se perdre. Elle est très-disposée à admettre avec vous le principe de la séparation, clle fera même plus; elle vous prêtera son puissant concours pour le faire triompher dans le monde, pour le faire triompher en Allemagne et en Russie; de concert avec vous, elle apportera la liberté aux peuples, mais à une condition, c'est que vous la laisserez participer, chez vous et chez les autres, à tous les bénéfices de vos institutions libérales.

« Mais parce que l'Église admet, en principe, la séparation des deux puissances, on aurait tort d'en conclure que les deux souverainetés doivent demeurer complétement étrangères l'une à l'autre. Elles le peuvent, et nous croyons même qu'il n'existe pas, à parler d'une manière absolue, des matières tellement mixtes, que les deux puissances ne puissent rigoureusement se passer l'une de l'autre. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est le régime religieux du christianisme sous les premiers empereurs romains, où la piété florissait indépendamment de l'intervention de l'autorité civile dans la police des cultes. Mais, si l'Église peut absolument se passer de l'État et l'État de l'Église, nous croyons en même temps qu'un pareil isolement n'est pas à désirer, du moins dans les États catholiques, et nous pensons que, sans pousser l'union des deux souverainetés aussi loin qu'au moyen âge, il serait à souhaiter qu'elles vécussent du moins en bonne intelligence, et qu'elles réglassent, par des concordats, une foule de matières mixtes.

« L'Église peut, à la rigueur, se passer de l'État; elle n'a besoin pour vivre que de liberté. Que lui faut-il, en effet? quelques pierres pour se construire un autel, un peu d'eau, un peu de pain et de vin, une croix de bois, et avec cela elle baptisera, elle donnera la communion à ses enfants, elle les mariera, etc. A parler absolument, l'administration de l'Église n'est pas plus compliquée que cela. Mais comme l'État et l'Église peuvent avoir intérêt à faire coïncider leur action dans certaines circonstances, une foule de rapports mutuels sont nés de ce besoin de coïncidence, et de ces rap

ports ou de ce contact journalier, il est résulté une foule de matières mixtes.

« Le pouvoir civil se trouvant à chaque instant en rapport avec le pouvoir religieux, soit pour le moyen d'acquérir ou de transmettre les biens ecclésiastiques, soit pour la manière de faire respecter les cérémonies de la religion et régler la police du culte, soit pour assurer aux ministres de Dieu une existence indépendante, il est convenable que les deux pouvoirs puissent faire de ces objets la matière d'une convention, au lieu de laisser l'Église sous le régime du droit commun, régime qui peut avoir ses avantages, mais qui a bien aussi ses inconvénients. »

MM. Arnaud (de l'Ariège), Chapot, Fayet, évêque d'Orléans, Graveran, évêque de Quimper, Jouin, Isambert, Parisis, évêque de Langres, Pradié, Vivien ont pris la plus grande part à cette discussion.

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CHAPITRE II.

De la Législation de 1802, ou du Concordat et des Articles organiques.

Le système de la séparation du civil et du religieux, tempéré par des concordats librement consentis par les deux parties contractantes, ayant prévalu au sein du comité, il est évident que les Articles organiques, et avec eux le Concordat de 1801 qui leur avait servi de prétexte, devaient recevoir des modifications profondes, si même ils ne devaient pas être complétement abrogés pour faire place à un nouveau Concordat. Mais avant de soumettre à nos lecteurs les changements proposés par le comité, il n'est peut-être pas inutile de mettre sous leurs yeux la législation de 1802, en leur faisant connaître en même temps la pensée qui l'a dictée. Or, personne n'est plus propre que M. Portalis à nous dévoiler en entier cette pensée. Nous allons donc faire précéder le Concordat et les Articles organiques du célèbre discours que l'illustre orateur du gouvernement prononça dans la séance du Corps législatif du 15 germinal an X, et qu'il est si utile de reproduire et de répandre, comme une des plus belles thèses qui aient été développées pour montrer combien la religion est nécessaire à la société.

Discours prononcé par le citoyen Portalis, orateur du gouvernement, dans la séance du Corps législatif du 15 germinal an X, sur l'organisation des cultes.

CITOYENS LÉGISLATEURS,

Depuis longtemps le gouvernement s'occupait des moyens de rétablir la paix religieuse en France. J'ai l'honneur de vous présenter l'important résultat de ses opérations, et de

mettre sous vos yeux les circonstances et les principes qui les ont dirigées.

Le catholicisme avait toujours été, parmi nous, la religion dominante; depuis plus d'un siècle, son culte était le seul dont l'exercice public fût autorisé; les institutions civiles et politiques étaient intimement liées avec les institutions religieuses; le clergé était le premier ordre de l'État; il possédait de grands biens, il jouissait d'un grand crédit, il exerçait un grand pouvoir.

Cet ordre de choses a disparu avec la révolution.

Alors la liberté de conscience fut proclamée; les propriétés du clergé furent mises à la disposition de la nation on s'engagea seulement à fournir aux dépenses du culte catholique, et à salarier ses ministres.

On entreprit bientôt de donner une nouvelle forme à la police ecclésiastique.

Le nouveau régime avait à lutter contre les institutions anciennes.

L'Assemblée constituante voulut s'assurer, par un serment, de la fidélité des ecclésiastiques dont elle changeait la situation et l'état. La formule de ce serment fut tracée par les art. 21 et 38 du titre i de la Constitution civile du clergé, décrétée le 12 juillet 1790, et proclamée le 24 août suivant.

Il est plus aisé de rédiger des lois que de gagner les esprits et de changer les opinions. La plupart des ecclésiastiques refusèrent le serment ordonné, et ils furent remplacés dans leurs fonctions par d'autres ministres.

:

Les prêtres français se trouvèrent ainsi divisés en deux classes celle des assermentés, et celle des non-assermentés. Les fidèles se divisèrent d'opinion comme les ministres. L'opposition qui existait entre les divers intérêts politiques, rendit plus vive celle qui existait entre les divers intérêts religieux. Les esprits s'aigrirent; les dissensions théologiques prirent un caractère qui inspira de justes alarmes à la politique.

Quand on vit l'autorité préoccupée de ce qui se passait, on chercha à la tromper ou à la surprendre.

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