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fant sa course , il ne rencontre que des Campagnes ruïnées , & des contrées defertes.

Je ne serois pas fâché, Usbek, de voir une Lettre écrite à Madrid par un Espagnol qui voyageroit en France : je crois qu'il vangeroit bien sa Nation : quel vaste champ pour un homme flegmatique & penfif'! Je m'imagine qu'il commenceroit ainsi la description de Paris.

Il y a ici une Maison où l'on met les fous : on-croiroit d'au bord qu'elle est la plus grande de la Ville : non , le reméde eft bien petit pour le mal. Sans doute que les François extrêmement décriez chez leurs voifins , enferment quelques fous dans une maison, pour persuader que ceux qui font dehors ne le

font pas.

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Je laisse-là mon Espagnol. Adieu, mon cher Usbek.

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L E T TRE LXV I.

USBEk à RHEDI.

A Venise. LA plůpart des Législateurs ont le hazard a mis à la tête des autres , & qui n'ont presque consulté que leurs préjugez , & leurs fantaifies.

Il semble qu'ils ayent méconnu la grandeur & la dignité même de leur ouyrage ; ils se sont amusez à faire des institutions puériles , avec lesquelles ils se sont à la vérité conformez aux petits esprits , mais décréditez auprès des gens de bon sens.

Ils se sont jettez dans des détails inutiles : ils ont donné dans des cas particuliers ; ce qui mar

que

que un genie étroit , qui ne voit les choses que par parties

& n'embrasse rien d'une vuë generale.

Quelques-uns ont affecté de se servir d'une autre Langue que la vulgaire ; chose absurde par un faiseur de Loix : comment peuton les observer , fi elles ne font pas connuës?

Hs ont souvent aboli fans necefsité celles qu'ils ont trouvées établies ; c'est-à-dire qu'ils ont jetté les Peuples dans les desordres inseparables des changemens.

Il est vrai que par une bisarrerie qui vient plûtột de la natu: re que de l'esprit des hommes , il est quelquefois necessaire de changer certaines Loix. Mais le cas est rare ; & lorsqu'il arri, ve , il n'y faut toucher que d'une main tremblante : on y doit observer tant de solemnitez , & apporter tant de précautions, que Tome. II.

B le

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le peuple en concluë naturellemunt que les Loix font bien faintes, puisqu'il faut tant de formalitez pour les abroger.

Souvent ils les ont faites trop subtiles, & ont fuivi des idées Logiciennes plûtôt que l'Equité naturelle. Dans la fuite elles ont été trouvées trop dures ; & par un esprit d'équité , on a cru devoir s'en écarter : mais ce remede étoit un nouveau mal. Quelles que foient les Loix il faut toûjours les suivre, & les regarder comme la conscience publique, à laquelle celle des particuliers doit se conformer toûjours.

Il faut pourtant avouër que quelques-uns d'entr'eux ont eu une attention , qui marque beaucoup de sagesse; c'est qu'ils ont donné aux peres une grande autorité sur leurs enfans : rien ne foulage plus les Magistrats ; rien ne dégarnit plus les Tribunaux ; rien

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